Forum de RP basé sur le thème de Zelda (Ocarina of Time), coupé au site de RPG en ligne Hyrule's Journey
 
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 D'ombres et d'illusions

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Lanre
Dovah Feyn
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MessageSujet: D'ombres et d'illusions   Dim 24 Juin - 18:46

La pulpe de ses doigts vint caresser sa barbe broussailleuse et rêche, comme si cela l’aidait à se concentrer. Les sourcils froncés, les traits pliés et l’idée derrière la tête, le boucanier laissa percer un début de sourire. A moitié enseveli sous son impressionnante crinière il faisait tout de même pétiller ses pupilles brunes. « Désolé l’ami, je n’connais pas eula’ jeune femme qu’tu me  décris... mais c’est p’tet-ben la mémoire qui m’fait défaut ! », lâcha-t-il d’une voix lente, mesurée. D’un bref regard, il détailla la dégaine du maraudeur. L’épaisse pelisse de loup ou d’ours – il ne savait pas trop – qui reposait sur ses épaules lui faisait une impressionnante carrure. Son armure de cuir et de fourrures ressemblait plus à celle d’un pisteur ou à celle d’un riche bandit qu’aux plastrons que portaient usuellement les hommes d’armes. Çà et là, la peau tannée avait été ouverte par un croc, une lame ou une paire de mandibules, il n’en savait rien. A l’évidence, elle avait vécu. Assez pour puer la sueur, le sang, la chasse. Le marchand renifla, sans doute un peu mal à l’aise. « T’es dont ben silencieux... — », reprit-il sans trop savoir comment mener sa barque dans ces eaux qui lui semblaient maintenant trouble. Les yeux fuyants, il cessa de dévisager l’homme, qui portait aussi la barbe et les traits austères. Pour ne plus avoir à regarder sa gueule couverte de sang séché comme elle aurait pu l’être de peintures guerrières, il se retourna, revenant aux viandes qu’il faisait fumer. « T’es-tu sûr qu’tu prends rien ? » S’enquit-il, moins assuré.

En silence, le vagabond posa sa main sur le comptoir improvisé. Les lèvres pratiquement scellées, il s’avança sans franchir le Rubicon. Mais entre les deux hommes ne demeuraient que quelques tonneaux de lanières de viandes séchées et à peine deux pas. Sur sa nuque, Elpheìnn sentait presque peser les griffes qui menaçaient de l’éventrer. Aussi discrètement qu’il était en mesure de le faire, il chercha après le marteau dont il se servait pour battre les pièces de bœuf ou de cheval qu’on lui apportait. Il se maudissait de ne pas avoir écouté son beau-frère, forgeron de profession, quand il avait proposé de lui fabriquer une dague... Par les Déesses, elle aurait pourtant pu lui sauver la vie ! Il renifla de nouveau, comme chaque fois qu’il était angoissé. Tachant d’ignorer les perles froides qui commençaient à perler le long de son échine il constata avec horreur qu’aucun soldat n'était visible depuis son commerce. Pas non plus d’homme en armes, dont il payait pourtant cher la protection. Il n’avait pas vraiment le choix en vérité. « Écoute, l’ami», commença-t-il, cherchant toute porte de sortie possible. Quitte à jouer – presque – cartes sur table. «Si c’est-tu après mon or qu’tu en as, tu peux ben ... — », lança-t-il, prêt à donner tout ce qu’il avait sur lui. Il n’avait pas encore de femme à entretenir mais il savait que cela finirait pas venir. « Non. » souffla simplement l’autre, rauque et froid. Il se pencha un peu plus sur le comptoir, projetant son ombre sur l’intégralité du tenancier. « Je t’ai posé une question », fit-il simplement, le timbre lent, presque lourd. Ces quelques mots suffirent à lui arracher un frisson. «  Tu dis pouvoir te souvenir. Fais-le ou non, mais fais vite », lâcha cette fois le malandrin. Malgré la cacophonie de la Citadelle, un silence de mort retomba sur l’échoppe.


Presque par habitude, il fit craquer ses phalanges encore mouchetée d'un sang carmin tirant sur le noirâtre. Son front strié portait tous les griefs qui rongeait son esprit ; toute sa fatigue aussi. Depuis que la gamine et lui s'étaient séparé, il n'avait pas fermé l’œil, ou presque. Sans trop comprendre pourquoi, il sentait que le temps viendrait à lui manquer sous peu... Aussi lui fallait-il la trouver au plus vite. Pourtant, les obstacles se dressaient devant lui, sans cesse plus nombreux. Parfois, ils prenaient la forme d'essaims géants, parfois celle d'incendie de forêt. D'autres fois, il avait le mufle d'un commerçant avare, à la bouche remplie de mensonges. Un mufle qui, depuis avait perdu de sa superbe et dont les lèvres devaient goûter le fer. Le regard perdu dans l'immense foule, le sauvageon tira sur la lanière de chanvre végétale qui reposait contre son pectoral. Machinalement, il ramena contre son épaule l'épaisse pièce de bois-de-fer qu'il devait encore sculpter et tailler. Tout aussi impressionnante que pouvait être la dague de Blanche, il avait la certitude qu'il lui faudrait plus d'allonge pour parvenir jusqu'à elle. Sans doute aurait-il besoin de l'aide d'un artisan pour en renforcer le noyau... Mais tout ceci pouvait attendre. Il aviserait quand il le pourrait. D'abord, il devait retrouver la femme dont Swann lui avait vanté les talents.

Sans trop savoir par où commencer dans ce labyrinthe de pierre et de chair, le Ceald s'élança tout de même. Il ignora les réclames publiques à propos d'un loup gigantesque qui aurait fait de la Ville-Close sa tanière, et dont diverses affiches brossaient un portrait peu flatteur, pour s'approcher de l'ample marché à ciel ouvert qui occupait la Grand-Place. Çà et là, les Hyliens avaient le faciès plus dur qu'à sa première visite. Le poids de la guerre courbait peu à peu leur échine. C'était quelque chose qu'il était en mesure de comprendre. Longeant les étals, il laissa le vert-de-gris de ses yeux courir entre les denrées, cherchant distraitement des roches qu'il pourrait utiliser, des minerais où d'autres ingrédients alchimiques. Une partie considérable de ses récoltes volaient désormais au gré des vents de la plaine d'Ilyia, portée par les cendres et les braises. Toutefois, il ne pourrait rien acquérir : il n’avait pas la moindre piécette ou la moindre gemme à échanger. Et ça n’eta pas prêt de changer, en vérité. Non, dans les faits, il parcourait les halles ouvertes pour faire le clair dans ses idées.

Il en savait peu. Vraiment peu. En dehors du fait qu’elle était douée et digne de confiance, le Cygne ne lui avait pratiquement rien dit. « Tu la trouvera cachée, quelque part dans l’ombre des murs de la Capitale », avait-elle insisté. Mais dans cette ville massive, il n’était pas en terrain connu. Il avait le sentiment de chercher une épingle dans une botte de foin. S’il devinait aisément pourquoi – ou plutôt vis-à-vis de qui – elle se faisait si discrète, il avait plus de mal à visualiser où elle pouvait trouver refuge ici. Aedelrik aurait probablement pu le trouver plus aisément, mais il n’avait pas l’intention de demander plus d’aide que strictement nécessaire. S’il se résolvait à le faire dès à présent, c’était parce qu’il était convaincu de ne pas avoir le choix. Ses longs doigts noueux se saisirent d’une petite lame de silex qu’il fit rouler sur sa paume. Sans prêter attention aux remarques peu farouches du boutiquier, il tâcha de se remémorer : lors de leur dernière rencontre, elle s'était engagée à le retrouver s'il ne veillait pas correctement sur la Parjure. Mais, si elle avait dit quoique ce soit sur où son amie devait la rejoindre, il ne parvenait pas à s'en souvenir. Son poing se referma sur la pierre comme s'il s'agissait d'un gri-gri, avant de la laisser retomber sur le comptoir du négociant. A peine moins perdu, il reprit sa route, quittant la lumière morne de la Grand-Place pour l'obscurité inextirpable des venelles.


L’œil alerte et la main leste, il poussa la petite porte d'érable. Dans son dos le soleil mourrait un peu plus et l'air froid gelait les malchanceux, contraints de passer la nuit en extérieur. Chez lui, c'était chose courante, mais à force de parcourir les ruelles et de longer les remparts il avait réalisé une fois de plus combien ce monde et le sien était différents. Cette simple bicoque en était une preuve de plus — s'il en fallait d'autres, encore. Aussitôt le battant rejeté en arrière, la chaleur des lieux l'enroba comme un tartan de vair. Baigné dans une lueur orangée, peuplée d'Hyliennes souvent tout en courbes et de chalands pour la plupart moins charmants, la taverne semblait avoir tout d'affable. Il s'avança à l'intérieur, laissant la poterne se refermer derrière lui. Un peu plus loin, à gauche, quelques jeunes filles jouaient les troubadours. L'une battait le tambour, l'autre pinçait les cordes de son luth. Une autre encore dansait, secouant son imposante robe rouge et presque translucide. Sur sa droite, une serveuse s'était installée sur les genoux d'un de ses clients et le laissait docilement caresser ses cheveux. Ses yeux hagards en disait long, mais pas autant que le sourire carnassier de l'ancien soldat. Partout autour de lui elles s'affrétaient et grouillaient. Il renifla sans un mot; ramenant son avant-bras contre le bas de sa trogne. Il était las. « T'veux-tu quelqu'chose, grand gaillard .. ? » S'enquit une femme qui passait près de lui. Dans ses bras, un plateau de bois couverts de charcuterie et de friture. Son ventre grogna presque en silence, couvert par le bruit ambiant et les éclats de rire de quelques soudards. Il n'avait rien avalé depuis presque deux nuits.

"Je cherche une femme", fit-il simplement, agacé d'avoir eu à se répéter toute la journée. « Oh bah, c'pas c'qui manque par ici ! » Souffla-t-elle, non sans un clin d’œil. Elle avait le visage marqué par le labeur et, sans doute, une certaine forme d'angoisse. Ses cheveux blonds débraillés retombaient négligemment sur ses épaules découvertes, encadrant un faciès au nez proéminent et aux lèvres un peu petites. Ses joues creusées et ses sourcils durs lui donnaient un air un peu sévère. Elle n'en demeuraient pas moins jolie. « Vin dont par-là qu'on t'montre-tu la marchandise ! » Siffla-t-elle, en réponse à son mutisme, attrapant son bras de sa main libre. « Ça ira. » Grogna l'ours, inamovible. Il n'avait pas choisi cet endroit à la légère et c'était loin d'être le premier qu'il visitait. « C'est une personne en particulier que je cherche », expliqua-t-il, sans cacher une seconde la colère et la contrariété qui l'habitait. Sans trop savoir quoi faire, elle lâcha le pelage gris teinté de noir qui bardait ses avant-bras. Elle recula, brisant spontanément son sourire.

Le plateau de garnitures s'effondra au sol, embrassant le plancher délavé avec fracas. Doucement, le silence se fit sur la salle de banquet, cessant de couvrir quelques uns des sons étouffés qui provenaient des chambres, à l'étage. « Ne tente rien », gronda-t-il sans se soucier d'attirer l'attention sur lui. Son regard chercha celui de la jeune femme, s'engouffrant dans le vairon de ses yeux. « Lâche-moi ! » Hurla-t-elle, cherchant à s'arracher à sa prise. Entre ses doigts maigres, elle tenait une dague, qu'elle pointait vers le torse de l'inconnu. Elle n'avait pas eu l'occasion de porter son coup et son poignet était désormais prisonnier. Paniquée, elle chercha à frapper de nouveau à l'abdomen. « Ne bouge pas. » Ordonna Lan're à nouveau, saisissant la deuxième main de la jeune femme. Peu à peu, il sentait sa patience le quitter. Conscient qu'il s'était déjà trop répété, il savait pertinemment qu'il ne le ferait pas une fois de plus. Au fond de ses yeux brûlait un enfer polaire, violent et sans concession. Sa poigne se fit plus rude.

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Sakristi
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MessageSujet: Re: D'ombres et d'illusions   Lun 10 Sep - 10:36

Lorsque l’on part pour un long périple, on ne prend que trop rarement en compte le voyage du retour. Pourtant celui-ci est souvent tout aussi éprouvant que ce qui nous avait mené si loin de la maison. Pour sa part, Sakristi avait quitté le désert si rapidement et si épuisée que le retour vers la Citadelle lui avait paru interminable.

Cela faisait à présent trois jours qu’elle n’avait quitté son lit que par extrême nécessité. Elle avait usé de beaucoup d’énergie, et à son âge la récupération était plus ardue que durant ses jeunes années. Pour autant, elle avait hâte d’être sur pied pour faire la fête avec Izzie et ses fréquentations toujours délicieuses. La Nature lui avait accordé un sursis après cette maudite Quête : il s’agissait de le célébrer, dignement ou non. Pour l’heure, même si l’idée de quitter son lit lui était désagréable, l’Apothicaire ne parvenait pas à fermer l’œil. La continuelle fête qui recommençait chaque soir sous ses pieds était particulièrement animée ce soir-là. Etrangement, cela l’inquiétait. N’importe qui pouvait fureter dans le coin sans être entendu. Mais elle décida de chasser ces vilaines pensées.

Le grincement de sa porte la tira subitement de sa réflexion. Elle reconnut le pas de son ami sur le sol qui craquait.
“T’as rien avalé d’puis hier. On dirait l’fils d’Anna l’jour où l’a eu des poils sur le torse. Sors de là, c’plus d’ton âge !” La Sorcière grogna avant de se redresser. “Tu te jettes sur tout ce qui a du poil au torse, il n’a pas dû bouder longtemps.” rétorqua-t-elle, la voix enrouée. Son regard se posa sur son amie qui riait déjà. “Aïe. Touchée.” Elle tendit la main vers elle. “Allez, viens ‘vec moi ! J’ai pas envie d’faire la causette avec c’te gourde de l’auberge.”

Les deux femmes descendirent silencieusement dans la cuisine. En y pensant, Sakristi se rendit compte qu’elle avait faim, même si trois bouchées suffiraient à  la rassasier. “Beh alors, l’est même pas là !” s’étonna Izzie en découvrant la salle où les employés avaient l’habitude de manger et se reposer. “Elle a peut-être trouvé autre chose à se mettre sous la dent…” C’était en effet monnaie courante dans cet établissement. Prenant quelques restes qu’elles trouvèrent, elles commencèrent à manger sans leur comparse.

Sakristi s’interrompit entre deux bouchées pour dévisager la soeur que la vie ne lui avait pas donnée.
“J’ai du mal à croire qu’une femme aussi charmante que toi fasse autant de bruit lorsqu’elle bouffe.” A ces mots, Izzie fit encore davantage de bruit, consciente que cela agaçait l’apothicaire. “J’vais chercher à boire, ça me reposera de toi !!” Elle s’aventura dans l’auberge. Mais cette fois-ci, le bruit qui attira son attention n’était pas celui de mandibules de maquerelle.

Ne se faisant pas appeler Furet pour rien, elle ondula le long des murs : au fond d’elle une petite voix lui intimait de faire attention. Au détour des hommes ivres, des femmes qui dansaient, et des femmes qui dansaient sur des hommes ivres, elle aperçut celle qui devait dîner avec elles. Elle n’était pas seule, collée contre un rouquin dont les yeux brillaient d’une lueur sauvage. Pour sa part, elle n’avait découvert sa libido que le jour où elle avait décidé de faire taire son coeur, qui lui empêchait beaucoup de choses. Mais en ce qui concernait cet établissement, elle était toujours surprise du nombre des ébats. A chaque heure, dans une pièce au moins, les corps se déchaînaient. Cependant, rares étaient les filles qui appréciaient la douleur et les entailles sans une bourse bien remplie en échange. Et elle savait que la jolie blonde coincée entre un grand rouquin et le mur n’était pas de celles-là. Or, pourquoi une lame était-elle sortie ?

Plus curieuse qu’inquiète, elle se fraya un chemin jusqu’à eux. Une fois assez près, elle entendit l’homme siffler entre ses dents
“Ne tente rien.” La blonde, dans toute sa naïveté, voulut crier pour attirer l’attention - et l’intervention - des personnes présentes dans la salle. La prise de l’inconnu se resserra : il n’était pas ici pour rire. Pourtant, la sorcière n’était pas dupe : elle avait été repérée, et c’était à elle que le roux s’adressait. Elle osa quelques pas supplémentaires dans leur direction. “Ne bouge pas.” ordonna-t-il. Elle resta où elle était, mais ne se laissa pas intimider. “Je n’sais pas ce que tu cherches, mon Mignon.” Il ne se retourna même pas vers elle. “Ni qui tu cherches.” Ah, tiens. Une réaction. “Mais si tu veux un coup de main, je ne suis pas certaine que tu t’adresses à la bonne personne.” Elle lui laissa une brève occasion de voir son visage. “On a d’quoi manger et d’quoi boire à côté. Viens donc nous raconter c’qui t’chiffonne tant.” Puis elle tourna les talons et retourna auprès d’Izzie.

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