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 Manger de la cendre et de la mort

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Blanche
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MessageSujet: Manger de la cendre et de la mort   Lun 5 Juin - 19:02


Quand je goûtais ton sang, je n’avais plus faim. Oh, j’étais la mort. J’étais le chasseur. J’étais quelque chose de réel. Je m’approchais de ta porte. Dis-moi Ruvaak, de quoi avais-je l’air quand tu étais à mes pieds ? En perdais-tu le ciel ? Comme un battement de cœur bégayant ? Comme toutes ces déceptions d’enfance rendue présentent à nouveau ? Les héros ne gagnaient pas toujours. Quelqu’un devait balayer les pièces du jeu, craquer le plateau de jeu et qui de mieux qu’un roi, un demi-dieu ? Non… Les demi-dieux étaient vénérés dans le vin et les fleurs, alors que les vrais dieux demandaient du sang. Je demandais ton sang. J’avais rencontré ton regard sur un lac gelé et cette fois-ci, je n’avais pas eu froid. D’un sourire sauvage, je te dévoilais mes canines dégouttant de sang. Tu étais toujours mienne, malgré cette Ourse qui ne cessait de dérober mon nectar par sa lumière trop brillante, comme celle de la lune.

Je ne vais pas mourir. Je ne vais pas mourir. Je ne vais pas mourir.

C’était les seuls mots qui résonnaient dans tes oreilles, faisaient vibrer tes os, t’envoyaient dans des spasmes si violents qu’à ton réveil tu n’étais qu’une épave de sueur, de larmes, d’ecchymoses et de gerbe. Chaque blessure que ton corps portait avait la forme de ma bouche. Le goût de nos batailles était doux de sang et chaud de feu. Et le garçon blond qui réchauffait ta couche se jetait hors du lit pour laver ta dépouille, changer les draps et ne trouvant les mots pour calmer tes larmes et ta colère, finissait toujours par t’apporter un lait de pavot tiède dans lequel il y avait glissé une goutte d’eau d’oranger, de quoi faire passer le mauvais goût, de quoi masquer les douleurs et te plonger à nouveau dans un sommeil léger jusqu’au lever du soleil. Tu avais même glissé du romarin, des clous de girofle et de l’anis — des plantes qui amélioraient le sommeil, ou au moins ne le dérangeaient pas, tout en créant simultanément un bouclier spirituel — dans une petite pochette de coton que tu avais fait glisser sous ton oreiller. Tes mauvaises herbes ne m’avaient cependant pas empêché de venir te glisser quelques mots.

Chaque lune devenait brutale, chaque soleil un peu plus amer. Ton bras gauche était attelé à ton corps, maintenant émacié, par un simple tissu de lin. L’ecchymose fortement colorée prenait naissance au centre de ta poitrine jusqu’à ton deltoïde gauche, suivant délicatement la plaie du coutelas que tu t’étais toi-même infligé lors de notre dernière violente rencontre. Tes yeux sursautaient, voyant des ombres passées dans ta vue périphérique. Et le comble de tout, tes pieds ne pouvaient plus fouler le riche marbre du Temple du Temps. Tes perles d’améthystes ne pouvaient plus guérir ton âme en voyant l’enfant de ta défunte amie. Ma présence avait teinté ton corps d’une ombre si noire que la sainte magie des lieux te donnait de terribles maux de tête et d’affreuses nausées. Et une fois, lorsque tu avais réussi à saisir le pommeau de l’immense porte, le fer t’avait brûlé la main. Elles ne laisseraient pas entrer un loup dans la bergerie. Alors tu rebroussais chemin, te plongeant dans le brouhaha de la foule, boitant jusqu’à la chaumière de Frahn où il te donnait qu’un regard de bienvenue et un triste sourire, bien trop occupé à guérir les troubles physiquement et parfois mentaux des vieux du quartier.

Tu voulais trouver la paix, mais tu étais incertaine où regarder. Tu sentais ton cœur rempli de feu sauvage brûlant, brûlant, brûlant, brûlant, dévorant toutes les bonnes choses comme une bouche béante, mais tu étais plutôt une plaie ouverte qui essayait de s’accrocher à toutes ses petites choses niaises qui t’apportaient un semblant de joie, essayant de balayer la soudaine fatigue que prenait ton nom à chaque fois que je le murmurais.

Une nuit, tu t’extirpas du lit après un cauchemar plus silencieux — ou alors s’était Frahn qui était tout simplement mort de fatigue — et tu te retrouvas après cinq jours de chevauchée au Village Cocorico, sans laisser de mot, sans laisser de trace. Le garçon avait l’habitude de te voir partir sur le dos du cheval usé de sa défunte mère. Et quand il s’était risqué à poser la question, la seule réponse qu’il avait obtenue était ton regard aussi aiguisé qu’un couteau, découpant son être jusqu’au recoin le plus secret de son âme.

Sans un regard pour les villageois qui buvaient déjà en ce milieu d’après-midi, sans un regard pour cette maison obscure près du moulin, tu t’étais glissée comme un fantôme dans le cimetière. Tes mains frôlaient les pierres tombales : ta façon de saluer les morts que tu avais côtoyées, quelques semaines, après la pendaison de tes amis. Quelques tombes s’étaient ajoutées au jardin des morts. La crypte familiale de ton amie se tenait toujours debout, accompagnée de ses moisissures, de ses champignons et de quelques signes de vandalismes.

La porte toujours déverrouillée, tes pieds nus embrassèrent chaque marche, dansant tranquillement sur chaque mémoire que tu avais laissée derrière. Une flamme naquit au creux de ta main, illuminant le chemin. Les formes de ton lit de fortune, d’une pile de livres et d’un tas de vieux charbon — qui s’embrasèrent une fois que ta présence s’était confirmée dans la pièce — se découpaient tranquillement. Rien n’avait bougé depuis ton départ. Même ton bouquin de note débordant d’échantillon de plantes et de feuille de papier bourrées de dessins était resté inanimé.

« Voici l’abîme, le puits de toutes les âmes. De ces eaux émeraude, la vie commence à nouveau. Venez à moi, mon enfant, et je vous embrasserai. Dans mes bras, l’éternité. » Une prière mentionnée sur le bout de tes lèvres, destiné aux morts qui te laissaient déranger leur repos éternel. Et plus spécialement à Brielle. Les images des nuques qui pendaient à 90 ° chassaient les soirées de fêtes.

Tu traçais les lignes magiques à même la pierre, posais des ossements d’oiseaux, des fleurs et de petits cristaux dans un ordre et un emplacement spécifique, tes doigts les sortant des sacoches à ta taille comme si chacun aurait été fait de porcelaine. La poussière léchait ton corps, animée par les mouvements de tes mains. Ton nez se retroussait, retenant un éternuement.

Tu y avais passé plusieurs jours, t’extirpant de la crypte seulement pour convenir à tes besoins les plus primaux. Et tu étais finalement prête. Après avoir laissé écouler plus de temps qu’il t’en avait fallu par le passé. Tu décrochas avec délicatesse les pierres qui pendaient à tes oreilles : une goutte opale et de cristal composé d’estampes cuivrées. Un cadeau, précieux, sentimental. Des souvenirs d’une crinière rousse et de mains calleuses sur tes hanches. Un sentiment te tenait à la gorge. Le regret ? L’incertitude ? Était-il vraiment hors des griffes des Draugurs ? Et il n’y eut rien pendant un long moment, l’enchantement siphonnant ce qu’il pouvait. Il n’y avait que quelques faibles éclats de lumières dans l’obscurité de la crypte, et aucun d’entre eux n’avait été plaisant. Les boucles d’oreilles maintenant enchantées retrouvèrent rapidement tes oreilles, cachées à nouveau derrière cette chevelure de nuit.

Tu avais besoin d’air frais pour te rappeler comment respirer. Ton livre de note — porteur d’espoir que tu y trouves une solution afin de te débarrasser de ma présence — glissa à ta ceinture ainsi que les quelques babioles que tu étais heureuse de retrouver. La porte se referma lourdement à ta sortie, ta peau illuminée par un soleil rampant, las de sa danse quotidienne. Tu inspiras, satisfaite de sentir la chaleur te rappeler que tu étais encore vivante.

Tes pas te menèrent tranquillement jusqu’où avait eu lieu l’attaque du Seigneur du Malin, à cet endroit où tu étais entré dans la tête d’un autre. Des souvenirs et des émotions entremêlés dans une tempête dans laquelle tu avais eu de la difficulté à démêler les tiens des siens. Cet endroit même où tu avais fermé le portail animé par une magie si noire qu’elle te rappelait mon visage. Accroupi, tu observas le cimetière, comme si tu pouvais maintenant écouter les plaintes des morts. Sous tes doigts, malgré les semaines, l’herbe était toujours jaunâtre et quelques asticots y grouillaient toujours.


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Feed me to the wolves, let them have my flesh.
I am something skin can’t hold.

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