Forum de RP basé sur le thème de Zelda (Ocarina of Time), coupé au site de RPG en ligne Hyrule's Journey
 
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 La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais

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Blanche
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MessageSujet: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Ven 22 Juil - 0:19


Je ne te laisserai pas parler parce que je t’aime et quand l’on aime quelqu’un, on ne leur fait pas raconter des histoires de guerre.

La voix d’Asvald chatouillait tes oreilles à nouveau à la façon des fourmis sur ta peau lorsque les cigales pleuraient. Mais ce n’était pas la saison. L’hiver régnait éternellement. Les grenadiers n’avaient jamais poussé ici. De toute manière, tu ne les avais jamais aimés. L’esprit de ton amant macchabé voulait-il semer le doute, un asticot sur de la chaire avariée? Souffle coupé, tu respirais maintenant les croisades et inspirais les aveux.

Tu étais en train de rêver et tu le savais très bien. Des rêves lucides : ce n’était pas le premier ni le dernier. Tu n’avais pas rêvé d’étoiles bariolées depuis l’attaque du cimetière. Le paysage qui s’offrait à toi était, cependant, une nouveauté. Tes yeux pourpres s’étaient habitués aux labyrinthes visqueux que tes pieds nus et délicats frôlaient ou encore aux parois incisives et glacées. Mais en cette nuit de pleine lune, où tu avais trouvé sommeil entre deux coins de murs, tu te trouvais au beau milieu d’un lac gelé. Ce dernier était emmitouflé d’une forêt de conifère tantôt nanti, tantôt glabre. Cette étendue d’eau terreuse aux ombrages d’olives ne t’était pas inconnue. Tu y étais déjà venu avec un homme au corps parsemé de cicatrices. De quelle couleur étaient ses yeux déjà? Vague souvenir d’un autre temps.

Mais ce qui n’avait point changé, c’était ta solitude. Le soleil et la lune se succédaient à une vitesse étourdissante, ne voulant voir ton visage tâché de terre, tes cheveux souillés de sang et tes lèvres givrées. N’étais-tu pas qu’une enfant qui voulait guérir les choses? Où alors étais-tu devenu la bête lorsque les loups avaient cogné à ta porte?

La glace céda sous ton poids plume, laissant ton corps couler dans l'eau brûlante, telle une pierre enlacée de chaînes de fer. Tu savais que tu devais lutter, savais que tu avais lutté dans ces dernières secondes avant que le poids de la pierre ne se resserre autour de ton cou. Mais lorsque le voile sur tes yeux se leva une nouvelle fois, tu avais rejoint les berges de ce même lac. Je te rassure, Peyt, tu as encore toute ta tête : tes cheveux ainsi que tes habits gouttaient. Le froid commençait déjà à durcir la pointe de tes cheveux.  

Tes yeux parlaient un langage que je n'ai jamais compris. Tes cils battaient un murmure que je tendais à écouter. Incompréhension. Tes dents mordaient l'intérieur de tes joues et tes doigts serraient les brindilles mortes, tel un oiseau de proie, au point d'en laisser une se glisser sous tes ongles. Tu finissais la majorité de tes rêves à chaque fois que tu te brûlais. Cette fois, tu avais cette impression d'avoir traversé un miroir, une autre dimension du rêve. Peut-être étais tu juste perdu encore plus loin dans ton propre monde imaginaire?

Un corbeau croassa, attirant toute ton attention vers la cime des arbres. Tu ne pensas même pas une seconde avant de te lancer dans sa direction. Les oiseaux de charbon te servaient toujours de boussole.

« Blanche, hi los bo wah sizaan. » Tu l’entendais murmurer encore une fois au fur et à mesure que tu t’éloignais du lac. Tes mains s’agrippèrent aux premières branches qui barraient ton chemin. Les vignes s’enroulaient autour de tes doigts. Tu les écartais comme si tu ouvrais une cage thoracique, faufilant ton corps, habillé de fourrures, dans l’espace créer avant de le laisser t’avaler par la forêt entière. Le soleil et sa comparse avaient cessé leur ballet dans le ciel vierge. Le soleil brillait à son zénith, maintenant à l’abri de ton visage ridicule. Ton parfum de vanille et de bergamote se fit envahir par l’odeur citronnée des aiguilles de sapin.

Pied nu dans la neige, tu marchais comme une bombe qui s’apprêtait à exploser. Ton souffle était feu, ce que tu touchais devenait austère comme la glace. Les traces que tu laissais dans la poudreuse étaient beaucoup plus grandes que les tiennes. Y avait-il quelqu’un d’autre ici?

Tu entendais des enfants jouer dans la distance. Leurs voix te parvenaient comme si ta tête était toujours immergée dans le lac. Leurs voix ressemblaient à celles d’esprits parlant à travers la forêt. Il n’y avait que la berceuse du vent qui te calmait, comme une rivière par delà les arbres. Les ailes des moineaux se raclaient sur les écorces sèches. Tu te concentrais seulement sur les cris des corbeaux, allant jusqu’à les imiter pour qu’ils te renvoient l’appel. Et c’est après avoir gravi trois énormes rochers et ce qui restait d’un loup que l’animal t’apparut entre deux bouleaux fatigués.

Un renne albinos au panache doré. Le poil de la bête reflétait les rayons du soleil qui arrivaient à traverser le dôme végétal. Un esprit, probablement. La raison de ton rêve? Avait-il un lien avec l'eau brûlante qui ne t'avait pas réveillée? Et telle une enfant, tout ce que tu voulais, c'était qu'il t'appartienne. Égoïste. Depuis quand profanais-tu tes propres croyances?

Ayant perdu la raison, tu t'approchas de l'animal, l'échine courbée. Comment allais-tu faire, bruniik, pour mettre fin à ses jours? Ce n'est pas avec tes épines, tes crocs ou encore tes griffes que tu y parviendrais.

« Dii brit key. Dii brit sivaas. Vahzah het. » Tu lui chantais du bout des lèvres.

Il releva la tête, te regardant de ses grands yeux noirs, t’immobilisant sur place. Tu ne seras jamais aussi charmante que tu ne l’es maintenant. Nous ne serons plus jamais ici. C’est ce que tu lisais au fond des orbites du cervidé, n’est-ce pas? Ton égocentrisme te fit placer à nouveau un pied devant l’autre. Une fois de trop.

L’animal se cambra et chargea. Les bois d’or en première loge, tu eus à peine le temps d’ériger un bouclier de tes mains moites avant le choc. Choc qui ne vint jamais. Le renne te traversa comme si tu n’étais que blizzard épuisé. Griffes lourdes à tes jambes, doigts crispant, pointu, comme une piqûre d’abeille en été. Tu t’élanças finalement dans la direction qu’il avait empruntée.

L’esprit ne laissait pas de traces dans la neige, mais tel un phare, son panache ambré reflétait krein à travers les conifères et les bouleaux. Tes pieds s’enfoncèrent un peu plus dans la neige et la texture du bois s’inscrivait dans ta peau nue. Un arc à flèche gigotait sur ton dos à chaque vallonnement. Ce qui fascinait ton esprit encore lucide, c’était que tu semblais connaître la forêt comme tes poches.

Tu esquivais, contournait et déviait ce qui se présentait sur ta route. Tu bondis dans un court ravin à toute vitesse, exécutant une roulade à l’atterrissage. Reprenant ton équilibre, tes mains balayèrent des empreintes que tu décelas comme celle d’un ours, mais elles ne t’intéressaient pas. Tu te propulsas vers l’avant, arc maintenant en main. L’air devint froid et étouffant, tes membres se virent accabler de frissonnement. Était-ce l’odeur étrange et inquiétante de décomposition, de mort et de corruption? Tu exécutas un virage serré entre deux falaises de calcaire et dolomie pour finalement te laisser glisser sur une courte distance, les deux genoux dans la poudreuse, arc bien tendu, prête à décocher ta première flèche dans le flanc de l’animal.

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Lanre
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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Ven 5 Aoû - 0:37

Souffrance. Le sang tiède coagulait, poissant la fourrure brune. Sa mâchoire brisée s'arracha une fois de plus à son crâne, dans un râle sourd, brutal et menaçant. Les écailles n'en scintillaient pas moins, brillantes et dorées sous la lumière froide d'un soleil épris de la neige. La bête siffla, vorace, agressive, confiante. Il recula, marquant la poudreuse de ses lourdes pattes, tandis que l'animal se faisait plus violent. Les crocs tirés, la gueule ouverte et la langue vicieuse, il s'attaqua de nouveau à sa proie blessée. Glissant sur l'océan blanc comme une voile sur les flots, la vipère frappa, percutant les os, perçant les pelisses et les cuirs. Sai'dh. Les arbres grondèrent avec lui. Du haut des pins, les Ailes-Noires croassèrent, spectateurs avides et macabres. Certains oiseaux s'élevèrent, rythmant les morsures et les assauts de leurs chants.

Douleur. Fulgurante. Le harpon sanglant demeurait accroché dans son épaule meurtrie. Il hurla, portant tant bien que mal le combat, tachant vainement de mordre et de cogner la bête qui s'agrippait à lui. Le serpent tint bon et bien vite Nimhe commença à l'étourdir. Le Neìdr avait des crocs dont nul – dans les bois, sur les côtes, au fond des marais – n'ignorait les danger. Ils avaient happé Frân'n le vivace, vaincu Ulf le solitaire et tant d'autres à leur suite. Les maux qu'il infligeait était plus violents que les coups qu'aucun n'avaient su lui porter jusqu'à présent. Certains, bien sûrs, s'étaient élevés contre lui. Tous à l'origine, car nul sur les terres du Navire de Pierre n'aurait toléré un tel affront. Mais petit à petit le serpent parvint à faire ployer les Clans les uns après les autres. De la mer de brume, il avait gagné Hesta, puis Is'èr, alignant les tribut de guerre et les incendies. Aujourd'hui son armure d'un vert tantôt pâle et tantôt sombre, parsemé çà et là d'un peu de poussière d'or, marquait la poudreuse des Høajland de sillons plus profonds que les traîneaux.

L'espace d'un instant, il se dressa sur ses deux pattes arrières, avant de se laisser lourdement retomber, tachant d'écraser la guivre qui plantait ses crocs venimeux près de sa gorge. A aucun moment, il n'aurait soupçonné que son adversaire puisse être aussi grand. F'yuil. Le souffle méchant et irascible qui sépara ses babines l'encouragea à porter un coup de plus. Les griffes saisirent brièvement le Neìdr, sans parvenir à attraper autre chose que sa mue. Le crâne – plat – de son ennemi heurta aussitôt son poitrail brisant sans mal quelques unes des côtes qu'il croyait pourtant si solides. Aucun soupir ne vint soulever ses incisives, cette fois. Aucun grondement, tout juste le son étouffé de la chaire froissée et des os brisés. Trop vite pour qu'il n'ai le temps de le sentir, le Géant Brun roula le long du vallon. La poussière d'eau aurait pu panser sa plaie brûlante, mais il semblait que les Dovah s'étaient choisi un champion davantage à leur image. Kalde elle même s'était faite son ennemie.

La première Dent-de-Bois n'arrêta pas sa course, se déchirant simplement entre ses reins et son échine. L'animal ne trouvait plus la force de gronder. Un deuxième pilier du ciel ne tarda pas à jongler avec sa carcasse presque désarticulée. Ses griffes marquèrent l'écorce sans qu'il ne parvienne à se retenir. Les échardes piquèrent ses pelisses avant de traverser sa patte de part en part. Le Froid l'entourait tandis qu'une traînée rouge – pas verte, ni or – le poursuivait dans sa chute et dans sa disgrâce. La neige, le sang et l'Hiver finirent par se mélanger tandis qu'un voile de feu jaunâtre rongeait son regard. Ses sens alourdis par le venin et embaumés par frosjyssar son déclin s'imprimait à peine sur son âme quand il marquait pourtant son museau couvert de sang séché, ses crocs dévorés par l'écume qui maculait également ses lèvres noires, sa crinière poissée de poison, de sa mort ou de sa vie. La montagne qui lui servirait probablement de seule sépulture se contentait, pour l'heure, de l'accompagner vers le gouffre.


« Pehmea ; Pehmea ~ 
 Eagla helt siste Jät í hjert »

Les épines des branches chatouillaient la plante de ses pieds, nus depuis que les premiers loups du monde avaient dévoré ses entrailles à même la neige. Sous ses longs cheveux dont le noir tirait parfois sur le bleu, comme si le givre continuait à geler son âme, un demi-sourire narquois déformait ses lèvres pincées. Les corbeaux reprirent bientôt son air et la chanson résonna contre chacun des Crochets-de-Roc qui s'élevaient vers les cieux. Une seconde ses yeux se détachèrent de la dépouille-encore-chaude de l'Ours brun, pour mieux narguer Solsken de son regard mort. Puis, profitant du couvert des conifères, il s'arracha à la vue de l'Astre, reportant son attention sur le dernier des géants. Son étrange voix s'éleva, enrouée après que les milans noirs eussent arraché son garrot — mais aussi froide et cristalline que la glace ; espiègle à l'image de sa charogne d'enfant. Sa fourrure caressait sa nuque partiellement désossée.

« D'en distrijg an crag ; sínnge 
— Sínnge sínnge haø »

N'osent faire face aux morts que les morts eux-même. Des Ailes-Noires qui jadis l'accompagnait, après avoir percé son estomac de leurs becs avides, plus aucune ne s'enhardissait assez pour lui renvoyer ces quelques mots susurrés. Seul son reflet, sur le lac gelé était assez brave pour lui rendre son regard mauvais et goguenard, seul son écho continuait de lui répondre. Une centaine de pied plus bas, le cadavre de la Grande Ours refroidissait doucement sur le bassin de givre. Ses yeux vides se levèrent vers l'horizon et les falaises de calcaire dont il savait pertinemment qu'ici elle formaient les frontières sans cesse mouvante de son domaine. Mais cela n'était vrai qu'ici seulement. Ma'ere et Solsken l'avaient laissé devenir le maître de Kalde, le seigneur des charognes, l'amant des esseulées, la compagne des rejetés, le mandarin de ceux pour qui personne ne chantera plus ; de celles pour qui personne n'avait jamais chanté.

« Dinok aðeins andlit dinok 
— Hath ja þeim edd sùnnge »

Comme une seule aile qui se déplie parmi la forêt de conifères, l'ensemble des corbeaux répondirent à son appel. Le bruissement des plumages sonna comme celui de l'étendard guerrier claquant au vent, avant les pluies de feu et la rage de l'acier. Hérault des carnages passés, des pogroms et des massacres à venir, les Ailes-Noires s'envolèrent dans un mouvement seul, unique, miroir de son identité. Le jeune garçon se laissa aller à un rire qui fuyait sa gorge lacérée avant même de quitter ses lèvres gercées, rendues bleues par le froid depuis des cycles ancestraux. Les fenêtres vers l'infinie qui trouaient son visage chétif de gamin affamé vinrent trouver les perles violacées de la Suzeraine du domaine, la défiant comme il avait défié la vie elle-même plutôt. Ses dents rongées par l'enfer polaire claquèrent les unes contre les autres dans un avertissement autant qu'une invitation.

« I'me ; i'me  
— I'me hedj nèmø »

D'une impulsion unique, les becs percèrent la fourrure du Géant défunt, ensanglantant plus encore la carcasse, dévoilant peu à peu les entrailles de la Grande Ours, sans se soucier une seconde du venin qui empoisonnait encore la bête. L'enfant bondit de sa branche pour mieux se rapprocher de l'archère, partiellement camouflée par la poussière d'eau. Son cou déchiqueté se paraît peu à peu d'une barbe rousse tandis que ses joues épargnées se fendaient de cicatrices ; au nombre de trois. Ses yeux sans couleurs se teintèrent doucement d'un vert-grisonnant et son nez moitié dévoré se reconstitua, brisé comme celui de l'Étranger qu'il prenait pour modèle. Pouce par pouce sa gueule d'ange vieillissait, sans pour autant que son corps ne s'adapte également. Ses cheveux arboraient bientôt le même roux flamboyant que la barbe qui rongeait sa gorge, son menton ou ses joues. Les Ailes-Noires croassèrent, mettant la dépouille plus à nu encore. L'Enfant-au-visage-d'adulte se laissa aller à sourire, sans jamais quitter le regard de la chasseresse à qui il disputait les corbeaux. Derrière ses dents minées par le sang persistait le vide. Le vide et le noir.

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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Mer 7 Déc - 20:54

Tes genoux s’écorchèrent sur la neige et quelques caillasses. Tout ce que tu entendais, c’était ton cœur se démener dans ta poitrine. Les cris des ébènes aériens se faisaient fragiles, comme sous le bleu où la lumière du jour ne va jamais. Tes doigts marqués de sèves se collaient à l’arc que tu avais tendu. La corde de l’arme avait touché tes lèvres gercées et en un spasme, s’était relâchée. La flèche avait jailli, planant sur le souffle d’Aquilons. Tes yeux ne saisissaient pas dans quoi ton baiser de la mort s’était planté, la poudreuse te volant la vue. Cependant, elle te dévoila dans une longue valse une délicate figure.

Le vent avait cessé. Un genou dans la poudreuse, tu la fixais. Ses crocs pouvaient couper profondément dans ta chaire, te rendre toute petite. Et alors que tu la regardais prendre une allure d’homme, ses yeux vitreux verts grisonnants se nourrissaient de toi. Il observait patiemment que le doute te détruise et se moquait dans tous les sens. Je pouvais voir ton pouls sous la peau de ta gorge. Tu le caressais du bout des doigts, tentant de le calmer face à la fleur que l’autre avait trouvée en ce froid hiver. Tes corbeaux — qui étaient aussi sien — croissaient, se régalant de la chair de la Grande Ours. Ta flèche s’était, d’ailleurs, fichée près du cœur, au côté d’un corbeau éclamé.

Qui avait fait le changement ? Tu avais décoché ta flèche à gauche. Elle avait fini sa course à droite. Tu courrais après un cerf doré et tu te retrouvais maintenant chassé par une créature d’un noir plus que noir. Devais-tu faire attention à ce que tu souhaitais ?

À chaque fois qu’un corbeau piquait la viande, des images filaient devant tes yeux tels un troupeau de cerf. Une odeur particulière de pétrichor te chatouillait les narines. Un corps blessé et gravé par les batailles qui t’avait dit n’avoir peur de rien lors d’un rêve, des mains calleuses sur ton ventre, de chaudes lèvres contre ta peau. Tu l’embrassais comme si tu te noyais et que sa bouche était la surface de l’eau. L’écorce sur l’eau, les sourires face à ta maladresse. Ton ventre s’agitait face aux nouvelles émotions.

Tu te relevas, décidant de désobéir à ton instinct. Ma voix n’était plus. Tu n’écoutais que le vent et le sang qui battait tes tempes comme des tambours de guerre. Tes pieds nus franchir la distance sans laisser de trace, s’immobilisant face à l’homme dont le nom mourrait sur tes lèvres carmin. Si ce n’était de son corps émacié, tu te serais probablement laissé prendre au jeu. Pour lui seulement, tu étais prête à être faible.

Ta gorge se scindait à chaque fois que tes yeux croisaient les siens. Tes doigts s’agrippèrent à la barbe de ses joues, comme s’il eut été fait de papier et d’allumette, prêt à t’embraser vivante.

« Wo los hi ? »

Ils glissaient, caressaient sa peau froide comme la mort. Ce n’était pas lui. Mais qui était-ce pour lire en toi si facilement ? Un esprit abstrus ? Jamais ne l’avais-tu invité dans tes rêves. Les charmes de tes babioles s’étaient-ils ternis ? Est-ce le tatouage magique de tes avant-bras qui l’avait mené jusqu’à toi ? Pourtant, Hyrule était une lande sacrée, et tu t’y sentais protégée, comme un bambin au sein de sa mère. Tu inspiras, dégoutée par son parfum cadavérique.

« Je peux le sentir. » Avais-tu lâché doucement. « Je peux même le goûter. Le monstre assis à l’arrière de ta gorge. » Tu laissas ta main glisser sur sa mâchoire pour t’éloigner finalement de cette effroyable — et curieuse — invocation.

« Je peux l’entendre danser. » avais-tu lâché dans un murmure qui n’avait jamais quitté ta gorge. Tu savais que lui faire dos pouvait être une erreur fatale, mais même si la chose s’était invitée, tu restais maitresse du domaine. Pour le moment.

La forêt inéquienne se rabattait sur les chablis et malgré les murs de calcaire qui te protégeait, tu te sentais plus petite à chaque foulée. Les prédateurs de jais négligeaient ta présence : ils étaient bien plus sien que tien. Ils te regardaient de leurs petits yeux remplis de malice avant de retourner piaffer la chaire d’un prédateur bien plus grand qu’eux. Mauvais présage ? D’un mouvement de main, tu en chassas quelques-uns. Tes cheveux de suie se mêlèrent à leur envolée, te laissant assez de manœuvres pour t’agenouiller.

Parmi les poils drus — mais quoique réconfortants — de la bête, tu retrouvas ta flèche à l’aide de ses breloques de plume et de perle. Tu laissas tes doigts maintenant tâché de suie parcourir la fourrure rougie et les chaires déjà nauséabonde de l’Ours. Tu ne savais pas que tu t'étais brûlée. Ton âme était un fragile esprit de glace, tandis que celui de la bête était fait de fortes vagues de flammes. Le corbeau éclamé s’était hissé sur ton épaule, te susurrant des chansons absconses. Tes doigts s’enroulèrent autour de la flèche et s’arrêtèrent, incertains d’avoir senti un battement de cœur.

« Il y a une fissure dans tout, c’est ainsi que la lumière entre. »

Tu tiras sur la flèche afin de la retirer.

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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Mar 27 Déc - 1:13

La pierre scintillante siffla, un temps seulement, avant de déchirer les chairs de la carcasse, d'en briser les os. Sous son nez brisé, un vilain sourire étira son masque de peau, jusqu'à le fissurer. Les stries craquelaient la commissure de ses lèvres, scindaient ses joues, saignaient ses oreilles. « Wo los hi ? », s'enquit-il d'une voix stridente, répétant les propos de la jeune femme. Recourbé et recroquevillé à la manière des alpes, il bondit, accrochant une branche morte avec son poignet plié comme un crochet. Ses doigts brisés pendaient de sa paume, encore à moitié rongée. Les loups lui avaient laissé de nombreux souvenirs, l'amputant bien généreusement d'autres. Son corps éventré, vidé partiellement de ses entrailles ne craignait plus le froid. Ni la décadence. Son regard morne suivait la chevelure noire de la sorcière, tandis que son bras se balançait à la branche comme les pendus à leur corde. « Dinok aðeins andlit dinok ~ — Hath ja þeim edd sùnnge », souffla-t-il de sa petite voix, étouffée par la fissure qui marquait sa gorge. Son hôte chassa un corbeau de la main, avant de se jeter au chevet de la dépouille dont elle avait participé à la mort. « Falch' Eyä ? — » Demanda-t-il, dans un murmure, alors qu'il agrippait à un nouveau rameau, pourri depuis longtemps. Une grimace sournoise et goguenarde barrait sa gueule grimée, mimée même, mais toujours moribonde et puante. Sans un bruit, il se laissa retomber dans la poudreuse fine, blanche. Lumineuse, même. Ses pattes atrophiées s'enfoncèrent dans la neige et, l'espace d'un instant, il resta muet, immobile, immuable presque. Doucement mais sûrement, le visage qu'il avait collé au sien se désagrégeait. Ses déguisements n'échappaient pas à la règle : tout en lui tombait en lambeaux. Les intestins et les tripes qui pendait de son giron béant n'en composaient qu'un signe. Un seul.

Ses yeux morts fixaient presque tristement la jolie silhouette qui cherchait encore son trait dans les pelisses du dernier Géant. D'un geste, elle chassa davantage d'Ailes-Noires qui s'attaquaient à l'enveloppe de fourrure, de muscles et de crocs qu'elle jugeait sienne. Le petit être mi-Homme mi-Enfant leva alors les bras avant de frapper durement le sol de ses deux poignets, faisant exploser la neige de part et d'autres autour de lui. Il ne voyait plus les couleurs. Il ignorait que celle-ci avait pris une teinte de suie, partout où elle le touchait. « Nimhe, nimhe ! Farha cead ! » Lança-t-il, le timbre de sa voix déchiré soudain devenu plus sombre. Le ciel s'était obscurci, de lourds nuages masquant les astres. Sous la plante de ses pieds nus, la mousse hivernale avait laissé place à la glace. Sur le cadavre, les rôdeurs-noirs n'étaient plus. Levant les yeux au ciel, l'enfant se demanda un instant s'ils n'étaient pas à l'origine du brouillard compact qui barrait l'horizon et la lumière. Il laissa son regard revenir à la Dame du domaine, tantôt inquiet, tantôt fier de lui. S'il avait su faire disparaître la menace peut-être lui serait-elle reconnaissante ? Timidement, il s'approcha de la mère, l'amie et l'amante qu'il lui semblait distinguer. « Mo'oi », glissa-t-il, l'appelant doucement, en arrivant sur son flanc. « í eagla », souffla-t-il, laissant sa main remonter sur son torse, pour bien signifier qu'il parlait de lui, de ses craintes et de ses frissons. « Andlit jɇg her » se lamenta-t-il encore, sans qu'elle ne l'écoute, sans qu'elle ne réagisse. Une fois de plus, il n'existait pas, il n'existait plus. Comme toujours, ses proches l'abandonnaient négligemment. Le chevet d'un autre homme, tantôt, la compagnie d'adultes, la chaleur d'un feu de camp plutôt que celle de ses bras désarticulés.

Hésitant, et tandis qu'une certaine forme de haine grimpait au plus profond de ce qu'il restait de lui, l'esprit entama un tour de la scène. Partout où il avançait la neige disparaissait peu à peu, au profit d'une glace fine, délicate. « Siste jät e dinok ! » Susurra-t-il avec une violence inouïe, agacée qu'elle ne puisse voir la vérité en face. « I'me í hedj... », tenta-t-il une dernière fois, mais c'était littéralement comme si ses mots ne parvenaient à percer la barrière entre ses lèvres décharnées et la jeune femme. Il hurla, crachant sa colère aux cieux sous la forme d'une fumée noirâtre et nauséabonde. Lentement mais sûrement, son propre corps se décomposait à mesure que la brume l'absorbait et envahissait les lieux. Elle entourait les arbres, morts et vivants, s'enfonçait profondément dans la neige, s'emprisonnait dans une forteresse de givre. Elle léchait, avide, les flancs, les hanches, les cuisses, la gorge et les lèvres de la Suzeraine des lieux, mais évitait consciencieusement ses bras. L'Ours l'inhalait comme le feu dévore l'oxygène. Puis, petit à petit, le calme revint. Les nuages dispersés laissaient place à un soleil resplendissant, réfléchit par une neige immaculée – presque aveuglante – à perte de vue. Quelques traces du passage de l'Enfant demeuraient, seulement. Les becs des charognards avaient attaqué le cadavre jusqu'aux viscères. Tout autour de l'ursidé et de sa soignante la neige n'était pas retombée. Un cercle de gel entourait leurs deux corps liés. Dans un geste sec la pierre scintillante, la même qui avait percé son être et brisé ses os, lui arracha un peu plus de fourrure et de chair. L'animal rugit, lourdement, alors que la douleur broyait tout ce qu'il avait jamais été. Au fond de ses orbites brillait une lueur de néant, vide et infinie. Avec la même soudaineté que celle de la jeune femme, la bête se hissa sur ses quatre pattes, repoussant la sorcière d'un violent coup de tête. Désarticulé, rongé, brisé et corrompu par la mort, la Grande-Ours se leva sur ses pattes arrières, trompant jusqu'à la vie elle-même, dominant la chasseresse de toute sa hauteur – soit presque seize pieds – et gronda à nouveau. Sans coup férir, il abattit sa large patte en direction du joli visage qu'il avait vu au moment même de son retour.

Le givre se fissura avant de craquer complètement. Sous leurs pieds, le monde semblait s'effondrer sur lui même alors que l'eau gelée les happait tous deux, sans qu'aucun n'ait le temps de réagir. Les deux âmes entamèrent leur descente dans les eaux glaciales dans cette conscience propre qu'il avait toujours souhaité éviter. La nuit gagnait, dans les profondeurs, tant les rayons du soleil ne parvenaient à percer la couche de glace. Pourtant, la peur ne semblait pas le nourrir ; seule persistait une sérénité et une paix intérieure dont il ignorait tout, des chemins jusqu'aux méandres. L'espace d'un instant, l'Enfant s'enferma dans son effroi. Les corbeaux croassèrent, narquois, leurs voix lui parvenaient clairement. Leurs moqueries également. La menace, il la sentait, l'enserrait plus à mesure qu'ils ne coulaient. Sur son ordre, l'Ours grogna, avant de grommeler, puis de hurler véritablement. Sitôt que ses mâchoires s'écartèrent, tout le brouillard qu'il avait ingéré fila vers la surface. Doucement mais sûrement, l'animal saisit la jeune femme entre ses bras, comme pour lui partager sa chaleur, la protéger des abysses. Peu à peu les plaies de la bête se refermèrent, pansées par le givre brûlant qui tamisait les profondeurs. Puis, quand les morsures furent toutes cicatrisées l'eau devint plus froide encore — et par la même plus chaude. L'Ours frissonna, silencieusement, laissant les courants et le poids les mener toujours plus loin dans dans l'esprit de la jeune femme qui devait être frigorifiée, si seulement elle était encore consciente. L'animal resserra davantage son étreinte ramenant le thorax de sa  protégée contre le sien. Les griffes devinrent des doigts, les pattes des mains, puis des bras. Le museau et la gueule changeait également et les crocs meurtriers se muèrent en des lèvres griffées çà et là, mais des lèvres tout de même. Plus ils sombraient, plus l'Ours devenait homme. Les stigmates de combats passés ne le marquaient pas moins qu'elles ne maculaient la pelisse de l'animal, un instant plutôt, mais les traces de crocs ressemblaient davantage aux marques d'une lame, à la morsure d'un trait. Les doigts long et sinueux se glissèrent là ou reposait la cascade de jais, tantôt, avant qu'ils ne sombrent vers le cœur du monde, à la poursuite du Serpent-qui-ceinture-l’existence. Ils frôlaient, lents et timides, le dos d'esthète de la Rêveuse, épousant ses épaules, son grain et ses imperfections. Ses naseaux s'approchèrent de son cou, humant son parfum sans craindre la noyade. L'Homme serra contre son cœur la magicienne, tendrement. Il se dressait rempart contre le froid, contre le temps, contre la mort et surtout contre ses craintes. Et pourtant, jamais il n'avait prétendu ou souhaité lui offrir sa protection. Plus qu'aucun autre, peut-être, elle n'en avait pas besoin. 

Le suaire mat qui recouvrait ses yeux cessa peu à peu de filtrer la lumière, à mesure que ne s'éclaircissait l'eau profonde. Leurs deux corps remontaient lentement vers la surface, mais à aucun moment il ne fit quoique ce soit pour accélérer le processus. L'instant, s'il semblait peut-être long, lui apparaissait déjà beaucoup trop court. Il n'avait duré en tout et pour tout qu'une à deux minutes, tout au plus. Une dernière fois le Ceald ramena Blanche contre lui, avant de doucement la laisser aller. Ainsi le souhaitaient les Lęyr qui gardaient le Domaine des Songes. Leur regard sombre pesait sur les épaules nues de l'homme ours, dont l'ultime trace de la métamorphose se limitait à une crinière rousse, rongeant sa gorge, ses fossettes et sa gueule. Et tandis que son amie remontait vers la lumière, il s'enfonça une fois de plus dans l'ombre. 

Pourtant, quand la jeune femme atteint la berge, il était là. Vêtu du plus simple appareil, sans pudeur ni honte, il l'observa un instant. Ses hanches accrochèrent ses yeux, comme cela avait toujours été le cas. En silence il, laissa ses doigts jouer, se plier puis s’agrandir, s'étirer. Le vert-de-gris de ses pupilles grimpa doucement, s'attardant doucement sur le dos de la belle, qui ne l'avait manifestement pas vu encore. Il se souvenait les nuits passées à contempler une silhouette avant d'apprendre à la connaître. Il se rappelait l'alchimie, celle qui n'avait que faire des plantes, des poudres et des venins. Puis, il laissa les fenêtres de son âme s'énamourer de sa longue parure noire, soyeuse comme une mer de plumes et pourtant aussi indomptable que les vents. « Nyttę — », souffla-t-il doucement, l’appelant comme il avait pris l'habitude de le faire, dans une autre vie. Sereinement, il s'approcha d'elle, avant de couvrir ses épaules trempées d'une large fourrure, pour mieux la réchauffer. Les embruns marins battaient le givre et giflait la chair mieux qu'aucune autre tempête. « Ne bouge pas », reprit-il ensuite, toujours penché sur la jeune femme, dans son dos. « Je vais faire un feu, de quoi te réchauffer. » Son regard glissa vers la caverne à laquelle ils tournaient le dos. Sans savoir l'expliquer, il avait le sentiment de la connaître, d'y avoir vécu depuis des cycles complets. Il savait qu'il y trouverait tout le nécessaire.

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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Jeu 26 Jan - 1:15

Tes mains caressaient le bois de la flèche comme s’il eut été divin. Tu gardais des nuages entre tes lèvres et imaginais les déesses dans ton souffle. Tu pouvais bien prier n’importe qui : ici, personne ne te viendrait en aide. Le brouillard qui t’épousait te brûlait les yeux. Tu les fermas, un instant, laissant les étoiles danser devant eux. Tes mains te faisaient souffrir. Cette douleur s’agglutinait à tes paumes, se propageait tel un feu d’artifice dans tes avant-bras et la suie collée à ta peau se teintait comme un minuit sans lune. Tes tatouages mis à nu se faisaient engloutir. Cette douleur te rappelait les premières fois où la magie s’était éveillée dans ton corps d’enfant. Tel un perce-neige en pleine tempête. Un froid brulant. Tes poumons se compressaient. Tu étouffais, petit à petit. Impossible de crier. Il n’y avait que tes dents mordant ta langue au sang qui semblait t’offrir un peu de réconfort. L’odeur macabre qui te chatouillait les narines t’aurait donné des haut-le-cœur si je ne t’avais pas touchée par delà kruziik tiid. Cette odeur que tu avais faite tienne plusieurs fois mourut tranquillement, décimée par les odeurs variées d’humus, de terre, de mousse, de feuilles séchées et de noix de pins dormant dans la neige.

Tu restais figée, changée en pierre. La douleur ne semblait vouloir quitter tes membres. Tu remuais, blessé, tu étais blessé, tu souffrais, tu voulais sortir, tu voulais te déchirer. Je t’ai faite plus forte que cela Peyt. Même le rugissement de la bête que tu venais d’éveiller n’avait suffi qu’à te faire entrouvrir tes perles violines. La peur avait ébahi ton cœur telle la foudre sur un arbre. Le coup de tête de la bête t’étala de tout ton long sur le givre. Le choc t’avait secoué bien plus qu’il en avait eu l’air. Ta chevelure de jais te bloquait la vue et tu savais qu’aux ténèbres qui te recouvraient que la nuit n’était pas encore tombée. À quatre pattes, tu levas la tête sans jamais être capable de voir la totalité de la bête qui te supplantait. Tes lèvres toujours aussi gercées se mouvaient tranquillement, chantonnant des paroles que je t’avais apprises, alors que le sang coulait à leurs commissures.

«

»

Un corbeau croassa au moment de l’impact. La patte de l’ours griffa ton visage et ton cri de douleur fut submergé par une eau si froide qu’elle te mordait les os. La glace s’était-elle brisé par la peur qui avait mangé ton cœur ? Ta vision fut noyée par le noir de l’eau. Tu coulais comme une roche. À nouveau. Encore. Bercée par tes morts et tes regrets. Tu ne savais même plus si tu respirais, si ton cœur battait encore. Et tu me suivais à la porte, sentant une pointe d’abîme toujours plus froide.

Tes épaules te picotèrent douloureusement, devinant l’énorme patte de l’Ours. Tu sentis ton être écrasé par une chaleur inexplicable et un parfum qui te rappelait tout de lui. Toi qui préférais le froid, tu aurais tout troqué pour cette douceur. Et vous tombiez. Ensemble. Mêlés aussi profondément que le temps. D’ailleurs, s’était-il arrêté ? L’horloge pleurait : l’immobilité était un mensonge, ma chère. L’ours laissa place à l’homme de tes pensées. C’était presque de la luxure, sainte et terrible. Tu te pendais au son de la respiration de ton amant. Et d’une pensée, tu te rappelais que la nuit que vous vous étiez quitté, tu avais rêvé de loups. Encore.

L’eau sombre embrasait tes yeux. Même privée de ce sens, tu étais certaine que c’était lui : le bout de tes doigts reconnaissait les cicatrices qui barraient ses côtes ainsi que ses larges épaules. Tu te remémorais leurs histoires alors que tu commençais à flotter vers la dérive. Ton esprit s’embrouillât et tes poumons s’emplir de liquide. Sans douleur.
***

Tu toussas à t’en arracher les poumons. Recroquevillant ton corps comme un chien battu. Tu roulas sur le dos, tentant de dégager la crinière corbeau qui barbouillait ta figure. Les ténèbres souillaient l’intérieur de ta bouche. Tes yeux fixaient le ciel azur alors que tes pieds se faisaient lécher par l’eau. Tu t’étais redressée sur tes coudes, ramenant la fourrure, maintenant trempée, sur ton corps. Et tout d’un coup, tu ne comprenais pas pourquoi la fin de chaque route menait à l’eau. Ce qui restait d’un jardin était le rêve, un alphabet de désir. L’ombre d’une fille. Un parfum… Son parfum. Tu te rappelais de l’avoir entendu murmurer ton surnom alors que tu cherchais ton souffle sur les berges, paniquée. Tes perles violines ne le trouvèrent nulle part. Même si tu ne savais pas où était l’Ours, tu espérais seulement que rien ne lui soit arrivé dans ton domaine. Il maudissait la magie comme tu maudissais ton rêve.

Toujours à la recherche d’une chevelure rouge ou d’un corbeau, tes yeux captèrent une lumière incandescente : le renne albinos entre deux bouleaux. Il supportait ton regard. O très chère, tes yeux fleurissent comme des bourgeons de lotus, se déployant pour me boire. Le temps d’un instant, tu étais déjà sur tes deux pieds, te lançant à sa poursuite dans cette grotte qui t’apparaissait être la seule issue de ces berges bordées de la sylve. Et sur la neige, tranquillement, se dessinait carmin, des veines sur une peau de lait.

Cette caverne te semblait être un labyrinthe de souvenirs, du passé, du présent, du futur, alors qu’un seul chemin se dessinait devant toi. Clair comme de l’eau-de-vie. Le renne avait disparu de plus belle. Comme un fantôme. Mais qu’est-ce qu’un fantôme ? Quelque chose de mort qui semble être vivant. Quelque chose de mort qui ne sait pas qu’il est mort. Tu te faufilas entre les traits aigus des roches avec la grâce d’un fauve. La mousse collait à ton corps encore humide alors que les chants des corbeaux percutaient les murs pour mieux assommer les battements de cœur. L’eau qui coulait des parois tombait lourdement, sur ce qui t’apparaissait, à l’ouïe, être un champ de fleur. Les roulements des gouttelettes sur des pétales et des feuilles. Le couloir étroit que tu avais emprunté déboucha sur une autre partie de mon refuge. Une clairière à même les rocheuses.  

Les corbeaux se régalaient du peu qu’il restait dans leurs orbites. Leurs corps inanimés étaient couchés sur le dos, parsemaient le sol, les murs et même le dôme. Si ce n’était pas des araignées, une plante colossale ornée de petites baies noires prenait naissance dans leurs bouches béantes. Belladone. Une de tes plantes favorites. L’était-elle toujours ? Quelques visages te revenaient de notre temps ensemble. Notre conquête des Jumelles d’Argent. Tu t’accroupissais au corps de Tianra et laissas tes fins doigts parcourir sa mâchoire et ses cheveux de lune. Elle ressemblait à une froide nuit d’hiver. La haine et la tristesse n’imbibèrent même pas ton âme. Tu continuas tout simplement à te mouvoir à travers ces champs, laissant les quelques rayons de lumières qui traversaient les pierres guider ton chemin. Plus bas, encore plus bas. Dans mes entrailles.

Tu ne sais sur quelle distance tes pieds te trainèrent, mais leurs plantes trempaient maintenant et toujours dans l’eau. Tu remuas les orteils avant de reprendre, malgré l’inquiétude qui gagnait ton abdomen. Cette eau sombre n’était plus eau : elle n’était qu’encre souillée. Sang noir aux reflets amarante. Les cloisons s’en couvraient également, reproduisant ton image noire. Tu fis face à une impasse. Et le seul moyen de continuer était de retourner sur tes pas. Et pourtant…

Ta silhouette fit volteface et tes yeux héliotrope ne semblèrent pas surpris de me trouver là, assis sur un rocher rongé d’humus et de champignons. Tu n’avais vu mon faciès dans l’étendue lovât. Cependant, je pouvais sentir les vibrations de ton cœur s’agiter comme une étincelle au vent lorsque tes narines piquèrent mon parfum de mort et de corruption. Assis sur mon rocher, je plumais les plumes d’un faucon de mes longs et maigres doigts. Mon corps émacié, ma peau grise desséchée et tirée et tendue sur mes os ne semblait te dégouter. Mes yeux, repoussés au plus profond de leurs orbites, fixaient cette silhouette qui m’avait tant manquée. Tes lèvres garance murmuraient mon nom. Asvald. J’aurais voulu te sourire, mais mes lèvres en lambeaux, souillées de sang et de chaire, m’en empêchaient. Sur ma tête reposaient, telle une couronne, les bois d’un renne. Dans une vie passée, j’étais cendres effrayantes. Ma mère était au cœur de la terre, mon père un vent quelconque. J’étais né un jour où ils étaient tous deux exacerbés. Mon sang était tempête et mes yeux étaient soleil.

Encore plus douce qu’une douce berceuse : ce silence entre toi et moi. Tu buvais mon âme. Tu savais : elle était âcre et grisante. Mes racines descendaient dans les profondeurs du monde, à travers la terre sèche et de brique. À travers la terre humide, à travers les veines de plomb et d’argent. Tous les tremblements me secouaient et le poids de la terre se pressait sur mes côtes. Au moment où je me levai et m’avançais, tu sentais ton corps attiré vers cette eau sombre. Le poids du rêve pesait sur tes épaules. À chacun de mes pas, lourd et aride comme si mes pieds étaient faits de bois sec entrainant l’humus avec eux, tu t’agenouillais un peu plus devant ma grandeur. À chaque fois que les coutelas d’ivoire se heurtaient à ma ceinture, ton esprit s’embrumait de noirceur. Tu étais encore faite de viande, de cartilage et d’os. Tu pensais que j’allais te brûler comme de la cire, alors que je voulais seulement dîner sur ton cœur. Avoir une seconde chance de te posséder.

Le bout de mes doigts disparut sous ta chevelure de jais. Tu pleurais, non pas de tes yeux, mais bien de tes os affligés. Tu redressas ton visage en ma direction, comme un couteau mordant ce qui me restait de chaire. Tu m’avais dit, un jour, que ma magie était maintenant tienne. Tu n’avais jamais eu aussi tort. Je me nourrissais de ta haine, de ta discorde et de tes tatouages que j’avais trafiqués. Mes ongles s’insinuèrent profondément dans tes joues et pas un cri ne sortit de tes lèvres. Ce serait me faire plaisir. Et de l’autre main qui dormait, je saisissais le couteau de quartz, celui-là même que tu m’avais offert cette nuit de pleine lune, l’approchant dangereusement de ta magnifique gorge.

Mais qui t’entrainais ? Où courais-tu ? Qui fuyais-tu ? Qui t’arrachais à mes bras ?

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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Dim 19 Fév - 22:25

L'espace d'un instant, son regard quitta la crinière nocturne de la belle sorcière. L'espace d'un instant, seulement, il chercha des yeux après une fourrure susceptible de l'enrouler ; un feu capable de la réchauffer. Il lui avait dit qu'il ne saurait être long mais il ne put s'empêcher de la caresser tendrement des yeux. Le vert-de-gris épousa d'abord les épaules de la jeune femme, avant de suivre la courbe de ses hanches, d'en couver les reins. Un mince et discret sourire étira ses lèvres gercées, avant qu'il ne se penche pour rassembler quelques rondins de bois secs, pour le brasero qu'il préparait. Ignorant les quelques échardes qui pinçaient son écorce, le Ceald ramassa quatre imposantes bûches, ainsi qu'une quinzaine de banches et suffisamment de petit bois pour démarrer un feu conséquent. Il se rapprocha alors de Blanche, toujours recroquevillée sur elle même sur le rivage. Ses pieds nus, comme usuellement, s'enfonçaient dans le sable gris et humide quand les vagues ne venaient pas les ronger. D'abord sans dire un mot, le vagabond déposa son mince tribut sur la gauche de la jeune femme avant de récupérer quelques roches assez épaisses pour éviter que le vent ne souffle trop loin les braises. Dessinant tant bien que un cercle avec le peu qu'il avait pu trouver, l'Ours finit cependant par réaliser que sa compagne restait aussi immobile que les récifs et semblait aussi triste que les cieux un soir d'orage. Il déposa son dernier caillou à la hâte, refermant la ronde imparfaite qu'il avait entamé, sans jamais là quitter du regard. Rarement lui avait-elle semblé aussi figée, sauf peut-être quand elle invoquait aux puissances anciennes, à Nęēnī'á ou quand elle conjurait la glace tout le long de son avant-bras. Ses dents grincèrent en silence, laissant son cœur s'emballer doucement, au rythme même de son inquiétude. « Blanche ? » Souffla-t-il d'une petite voix, pour ne pas l'effrayer. Lentement, courbé et presque accroupi, il mit un pied devant l'autre, avançant vers elle. Il craignait de la voir s'envoler, comme une proie apeurée, son ramage sombre lui servant soudainement d'ailes. Timidement, ses doigts étonnement gourds rencontrèrent son épaule nue, sa peau douce... mais si froide. « Nyttę... ? » S'enquit-il alors une seconde fois, sans trop savoir quel mal harcelait la belle. Il en ignorait encore la nature, mais il aurait pu dire sa brutalité, l'oppression que vivait Blanche. Elle avait peur. Il le sentait. Et s'il la savait suffisamment forte pour ne pas avoir besoin de sa protection, elle avait déjà son affection, sa compassion. Laissant ses doigts courir tendrement entre son omoplate, son échine et sa nuque,  Lanre vint s'accroupir pour se ramener à son niveau. « Je... — », commença-t-il d'un murmure, sans pouvoir dire quoique ce soit de plus.

Il vit la pulpe de son index, son majeur et son annulaire disparaître dans la chair glaciale de son amante, comme avalée par son son épaule. Puis, ce fut son poignet, précédant son la moitié de son bras. Et sitôt qu'elle fut relevée, ce qu'un étrange sortilège lui avait volé lui revint. Encore trop surpris pour réaliser, il chercha instinctivement son regard ; mais elle l'observait sans le voir. L'iris pourpre aux reflets mauve de ses yeux semblait le traverser, soufflant à travers son être comme le vent souffle dans les criques et les canyons sans rencontrer la moindre résistance. « Ęnnā... ?! » Lança-t-il sobrement, sans chercher à cacher son désarroi. Ça n'avait jamais été dans ses habitudes et moins encore avec elle. Au contraire, en vérité : le plus souvent elle apportait des réponses à ses questions, à la manière de l'Ancien. Mais pourtant, cette fois, elle resta sourde à sa requête, toujours incapable de le voir qu'elle était. Comme elle, il se releva alors, cherchant à attraper ses mains sans jamais y parvenir : à nouveau, Ufiik lui passait au travers sans qu'il comprenne quelle sorcellerie elle pratiquait. « Blanche ?! » Lança-t-il encore, élevant la voix dans l'espoir qu'elle l'entende, mais la jeune femme se mit simplement à courir, l'ignorant comme les premières neiges. Sans même y réfléchir, le maraudeur ramena ses mains contre son visage qui portait encore les ecchymoses de son combat contre le grand Neìdr, se préparant au choc. Un froid de givre le gifla avec plus de force que le noroît, tandis qu'une lance de gel perçait sa poitrine, déchirant son buste, broyant sa cage thoracique, laissant le l'hiver mordre ses os. Il hurla, sans qu'aucun son ne sorte d'entre ses crocs, les mots de sa douleur mourant sur sa langue brûlée. Sur sa nuque, chacun des poils de sa crinière se raidit et ses doigts se crispèrent, s'accrochant tant bien que mal à une sorcière qui traversait son être comme s'il n'était que poussière. Bientôt, il se mit à convulser, pris de violentes secousses alors même qu'un autre corps, bien réel lui, se mêlait au sien. Un moment, et un seul, il partagea avec la jeune femme ses craintes, ses mémoires, ses regrets. Il vit l'enfant, la neige, le sang. Il vit la rage, la flèche, le manteau d'ombre. Il vit l'esprit, le renne, les jumelles. Il discerna ses espoirs, ses échecs, ses amours et ses dégoûts. Pendant quelques secondes, à peine, il fut elle plus que personne ne le serait jamais.

Ses genoux s'enfoncèrent lourdement dans le sable vaseux. Son dos plié, rond, son échine brisée, il laissa ses mains tomber face à l'hostilité d'une mer du nord pourtant apaisée. La sueur perlait sur son front, glissait le long de son nez avant de goutter lourdement jusqu'aux rivages grisonnants de l'archipel septentrional. Lentement, mais pris de panique, il essaya d'inspirer, de haleter, cherchant l'air en vain. Ses poumons écrasés le brûlaient plus qu'un brasier. Les peurs et les interrogations mouraient sur ses lèvres rendues arides par le froid. Elles l'alourdissaient. Pire, elles l’étouffaient. L'évidence était pourtant là, clair comme de l'eau de roche, mais il se refusait à la voir. Il ne pouvait pas l'accepter. « Ughn... —  », siffla-t-il sourdement une première fois, les yeux rivés sur quelques grains de sable humides et sombres, sans cesse rongés par le sel, la sueur et le sang. « Ughhnnnnn ... ! —  », souffla-t-il à nouveau, se souciant peu de son claquoir rougi par la colère et le déni. Sous ses yeux commençaient à tomber quelques flocons, recouvrant tendrement la côte, quand ils ne s'accumulaient pas sur la banquise. Brusquement, il jeta sa gueule en arrière, cambrant son dos, avant d'ouvrir le bec. « RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! — », hurla-t-il soudain, vidant douloureusement des poumons déjà morts. Il ne savait ni où, ni comment, mais à l'évidence il était tombé. Sa dépouille pourrissait sans doute quelque part, à l'Est, et les Dovah lui interdisaient l'accès aux Maisons-Longues d'Ifr'ẹ̄an̄ et aux palais des dieux morts. Dans un geste de rage, il gifla le sol devant lui, charriant la glace et le sel autant que le sable. « AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !! AAAAAAAAAAAAAAAAH ! » Hurla-t-il encore, réalisant seulement ce qu'il avait fait à Cocorico, quand il avait tué le Dovah dont la langue de feu brûlait le village. Sa vie tout entière n'avait été que destruction et en seul héritage, il laissait de seules cendres encore chaudes. Il s'était condamné. Condamné à l'errance, certes, mais aussi paradoxalement à l'immobilisme. Il savait le désarroi de Blanche mais ne pouvait plus rien pour l'aider désormais. A nouveau, son dos se plia tandis que son visage épousait le sable imbibé et meurtri. Il ne chercha pas à retenir ses larmes.

Peu à peu, l'hiver recouvrit son corps nu comme si en quelques instants passaient quelques mois. Il resta immobile, comprenant qu'il finirait par devenir un de ces mauvais esprit, un de ceux-là même qui l'avait torturé jadis. Comprenant aussi que désormais, plus rien ne pouvait être fait. Lui qui avait toujours refusé l'idée de destin se retrouvait désormais impuissant à la repousser. Lentement mais sûrement la neige l'ensevelissait tandis que chaque parcelle de sa peau se parait d'une épaisse fourrure brune tirant sur le roux. Son nez s'allongea en un museau. De ses babines s'étirèrent de véritables crocs, de ses doigts sortirent des griffes. Et si l'Homme était abattu, l'animal n'avait que trop hiberné. La bête se dressa sur ses pattes dans un rugissement sonore avant de s'ébrouer, chassant la neige qui s'accrochait à sa lourde pelisse. Doucement, la Grande Ours releva les naseaux pour renifler l'air, avant que son regard perçant ne se glisse sur la caverne. Elle gronda, sourde et vilaine, ses quenottes aussi meurtrières que des haches dévoilées. D'un bond, elle s'arracha à sa prison de givre avant de s'élancer au plus profond de l'ombre, ne laissant dans son sillage que des braises encore rouges. Il ne fallut qu'une seconde, à peine, au néant de la grotte pour l'avaler tout entière.

*

Sur son poil se reflétait les vieilles gravures d'un tombeau sans âge. Les Ā'ȩ̀ƌā avaient jadis construits ces palais aux morts dans lesquels reposaient encore leurs défunts. Par le passé, les tombés exigeaient des offrandes régulières, sans quoi ils n'hésitaient pas à venir les prendre de force. Les vivants bâtissaient alors d'impressionnantes demeures de roche, creusant à même la montagne quand ils le pouvaient et amenant la pierre quand ils n'en avaient pas le choix. Sur les parois de ce temple macabre désormais envahi par un bras de mer, elle devinait les vieux Dieux. Ceux que les Dovah avaient vaincus, puis dévorés. Elle voyait le Rorqual, Jyō'Tun, Thūr et Spa'ą̄́ŋ̄ de Jǝ́'Sho̱r, le Cerf. Elle longea l'Aigle, déesse du ciel et de la tempête, contourna consciencieusement le Renard qui, déjà abandonnait parfois sa forme initiale pour celle d'une Jument quand s’emparait de lui une ire incontrôlée. Sur son flanc, elle distinguait le Grand-Duc, jouxtant la Louve, et le Papillon. Plus loin, elle devança le Narval, frère de Jyō'Tun et héraut du Grand Neìdr, représenté comme le serpent qui ceinture le monde. A ses côtés sommeillait le violent Dovah, dont la faim ne connaissait pas de limites, messager du fin des âges et du début d'un second Helv'ē. Au loin brillait une lumière, brasero illuminant les interminables murs de pierre de ce labyrinthe infini. Ses griffes s'enfoncèrent dans la roche tandis qu'elle poursuivait sa route, accélérant même, ignorant qui chez les morts pouvait encore allumer un feu. Ce genre de question ne saurait la rassurer. Dans un grondement guttural, elle accentua sa traque, pistant sa proie comme aucun traqueur n'aurait su le faire. De la chasse, n'était-elle pas l'esprit, fille de la Mère ? Mais malgré ça, le sang noir vint maculer et tapisser les imageries de Dieux qu'elle avait connu. Les corbeaux qui, plus tôt, piquaient sa chair dévoraient désormais de vieux cadavres dont le parfum exhalait les murs, embaumait jusqu'à l'atmosphère. Le silence assourdissant comprimait l'air, comme toujours dans les sépulcres et les cairns abandonnés. Mais cette fois, tout cela semblait différent. Ça n'était pas la même magie qui imprégnait les lieux. Une autre, plus jeune, plus insolente aussi peut-être, masquait l'odeur des rites anciens et des malédictions de l'ère passée. Elle grogna, sans cesse plus inquiète, avant de s'engouffrer dans un énième couloir non sans bondir au dessus des dalles piégées qu'elle semblait connaître sur le bout des doigts... des griffes, en vérité.

Le silex manqua de mordre la gorge de Blanche, mais sa gueule se referma sur le bras longiligne de sa proie la première. Elle gronda durement, goûtant pour la première fois aux cendres de la corruption et du déclin. Le sang d'An Dr avait la texture et le fumet du charbon, il lui parasitait la bouche, brûlait ses lèvres, fondait ses crocs. Ses mâchoires se refermèrent plus encore sur l'avant-bras de la bête, sans qu'aucun son ne passe ses lèvres. Des perles mauves de la sorcière, où elle lisait cette même peur qui aurait pu saisir son cœur, elle tira une force renouvelée. Le givre infusait ses incisives autant que ses canines, pénétrant durablement la plaie qu'elle laissait dans le bras de l'Esprit. Se hissant sur ses deux pattes arrières, elle tira avec force sur ses membres pour l'éloigner de sa protégée, mais la bête la frappa au thorax de sa paume libre. Brusquement, l'Ours se sentit chuter, repoussée par une étrange force. Son dos heurta violemment le fer noir et nu d'un vieux sarcophage rectangulaire et vertical, avant qu'elle ne rebondisse comme une poupée de chiffon et que son échine ne percute la roche, la plongeant dans l'inconscience, jetant sur ses yeux de suaires de chair sombre, pourrie. Dans un tintement qu'elle ne distingua pas, le quartz buta doucement sur le sol. De sa gueule tombait l'avant bras arraché d'Asvald tandis qu'elle revêtait désormais un manteau humain, mourant pour la seconde fois ce jour ; sans même réaliser qu'An Dr s'évaporait dans les méandres du donjon. Une fois de plus sa carcasse nourrirait les ailes-noires, si toutefois c'était là la volonté des Draugur. Il en distinguait les respirations lourdes et voyait déjà leurs bottes antiques marquer les dalles de traces indélébiles, pour l'emmener à son tour.

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MessageSujet: Re: La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais   Mer 15 Mar - 0:09

Tu sentis quelque chose secouer librement en toi avant de dériver loin, loin comme la cendre. Tout ce que je pouvais entendre était ton pouls, disparaitre tristement sous les grognements de la Bête. Tu fus projeté au loin, ta chute dure contre un pilier. Genoux et paumes écorchés comme ceux d’une enfant. Ta tête avait cogné le sol submergé et tes poumons s’étaient remplis du liquide sombre avant que tu ne te redresses. Nos sens furent brouillés par les grognements des et tu cherchas sa présence que tu n’aurais su ignorer cette fois-ci. Vision trouble et souffle court, tu t’étais relevé péniblement, t’accrochant à la colonne comme une enfant après les jupes de sa mère.

La caverne devenait de plus en plus sombre, illuminée seulement par quelques végétaux entortillés aux parois. Les protecteurs des lieux dans lequel je t’avais invité se réveillaient et comme une imbécile, tu criais son nom à t’époumoner. Lanre ? Le mien tombant dans l’oubli. Tes tatouages s’illuminaient, t’offrant un peu de lumière dans tes recherches. Les ombres fuyaient ta lumière froide. Tu reprenais contrôle du rêve alors que j’étais agenouillé, blessé comme un animal et que la poussière et le charbon et les cendres qui me servaient d’os, de chaire et de sang entamaient la guérison de ce qui n’était plus.

Tu retrouvas bien vite la personne que tu convoitais, entre deux Draugurs, se faisant entrainer dans les noirceurs. Je ne savais pas si c’était par amour ou par peur, mais tes doigts s’agitèrent, identique à ceux d’une tisseuse d’étoiles. La glace perça le torse de l’un aussi violemment qu’un javelot alors que l’autre perdait l’équilibre, ses membres inférieurs pétrifiés sur place. Il chuta, entrainant l’Ours devenu simple humain avec lui. Tu attrapas son corps trop lourd pour toi, tes mains toujours gelées se glissant aisément alentour de sa taille. Un rêve de son corps dans la matinée, tordu autour de la lumière tel un sycomore que tu ne t’étais pas permis d’oublier. Un de tes genoux céda sous le poids que tu avais mal anticipé : tu récupéras ton aplomb, écrasant ce qui restait de figure au gardien du lieu qui s’était retrouvé au sol, baigné de froid.

De ton corps fatigué et de tes sens endoloris, tu compris rapidement qu’il n’y avait pas de sortie dans cette alcôve maudite par ma présence, malgré les Draugurs qui y pénétraient. Tu ne pouvais pas continuer à le trainer non plus comme tu le faisais. Ton dos rencontra une paroi humide et collante : tu n’eus d’autres choix que de déposer l’homme au sol. Était-il fait de porcelaine ? Ta bouche murmurait le nom de tes déesses comme si tu ne parlais pas, tes lèvres gonflées par le sel. Accroupi sur tes genoux aussi secs que ta gorge, positionnant tes membres pour offrir une quelconque protection à ton amant, tu priais pour que la tempête dans ta tête se calme. Pour que tout s’arrête. Mais il n’y avait que les grognements et les cris des gardiens des lieux qui s’amplifiaient partout autour de nous. Et à mon tour, je me relevais, une force nouvelle dans les membres.

Quand tu étais une fille, tu m’avais déjà dit que les arbres et les fleurs étaient semblables aux oiseaux et aux gens. Ils pensaient des choses et parlaient entre eux. Que nous pouvions les entendre si nous essayions vraiment. C’était seulement un moyen de vider ta tête de tous les autres sons, des cris, des craquements, de la chaire qui se broie sous l’acier et la magie. Être muette comme une tombe et écouter comme les murs de briques. Tu y croyais toujours, mais n’avais jamais été assez silencieuse.

Ta main moite se posa sur l’épaule de l’homme ours, tes doigts se glissant à la base de son crâne, ton pouce trouvant sa jugulaire toujours battante. Tu savais ce qui lui arriverait si tu le perdais ici et maintenant. S’il était ici, c’était de ta faute. Et le remords te rongeait les entrailles. Les faces des Draugurs de plus en plus nombreux, pensais-tu, étaient comme des coutelas, de la manière qu’ils les pointaient vers toi. Et alors que tu cherchais une solution à ton problème, tes yeux violets s’emparèrent de mes yeux d’or. Toi, la lune – ou quelque chose comme ça. Quelque chose toujours hors de portée, quelque chose que je ne pouvais saisir désespérément avec mes mains. Comme une flamme nue ? Défiante, lumineuse, scintillante. Ou comme le sous-courant de la rivière ? Me trainant vers le bas, laissant l’eau froisser ce qui restait de ma peau, comme chaque lettre d’amour oubliée. Étais-tu le loup dans le placard ? Le secret, le danger, ce que le corps désirait devenir. La fissure dans le carrelage du temple ? Impie et provocante, toujours en chuchotant. Je suis ici et rien ne reste pur à jamais. Mais un autre scintillement t’arracha à mes yeux. Tu t’y projetas tel l’éclair avant de te recroqueviller à nouveau vers son corps — alors que je restais immobile, enraciné dans cette eau sombre, encerclé par les Draugurs qui ne se souciaient guère de mon corps déjà mort. Ta chaleur — et surtout celle de ton Ours — les intriguait bien plus. Entre tes petites mains ensanglantées : mon précieux couteau de quartz.

Pleinement éveillée, les Draugurs commençaient à te submerger. La lumière qui émanait de tes tatouages se faisait plus marquer. Ils venaient à toi comme des papillons de nuit à une lanterne. Tu continuais de me fixer, déversant toutes tes émotions dans ce regard. J’aurai voulu t’embrasser à ce moment, avaler tout cet espoir, renouvelé par un simple souvenir, en entier. Tu me disais silencieusement que je ne t’aurais jamais, alors que le quartz prenait cette teinte carmin, me rappelant tes lèvres réchauffées par le vin chaud et épicé. Je t’entendais murmurer ce que je te disais souvent lorsque tu te réveillais d’un cauchemar avant d’embrasser chacune de tes blessures comme si j’avais été fait de sel. Tu le répétais, plusieurs fois, d’innombrables fois et si j’avais pu sourire, ma gueule pourrie l’aurait fait.

« La mort te relâchera de ta terreur, d’un touché léger et fiévreux, d’une emprunte de main dans la chaire. »

N’avais-tu pas peur de mourir, Blanche ?

La lame du couteau entaillait ta peau de satin, créant cette plaie béante débutant de la pointe de ton épaule, passant par la naissance de ton sein pour finir au centre de ta cage thoracique. Un mélange de fierté et de haine se glissait en moi. Je t’avais appris bien des choses et te voir les mettre à l’œuvre… Pas un son ne quitta ta gorge : tu savais que tu m’aurais fait plaisir. Je fis quelques pas lourds dans ta direction. Ah, il y avait une force robuste à trouver dans un cœur fatigué qui, contre toute attente, endurait.

Alors que tu plantais à nouveau le couteau dans ta chaire, tes tatouages retombèrent dans la noirceur. Un cercle de glace se forma autour de toi, prenant au piège les Draugurs qui y pénétraient. Bien qu’ils étaient une menace, ta magie avait toujours été créative. Ils créaient une barrière physique, de chaire pendante, d’acier, et d’os contre moi.

Mon corps fait d’eau bouillante m’empêchait de séduire les tempêtes. Ces montagnes recouvertes d’une poudre d’argent m’empêchaient de me sentir au chaud. Donne-moi froid, Blanche, sculpte-moi et je brillerai. Ton corps était fait de glace à l’intérieur et mon souffle devenait difficile juste à voir ton cœur. Ta tête est mon endroit préféré où me cacher. Cassé en plusieurs pièces séparées.

Le quartz coupait ta chaire et la force avec laquelle tu avais gardé le silence se lassait. Les gémissements que tu gardais précieusement quittaient ta gorge. Les larmes de douleurs s’accrochaient à tes cils, gelées par ta cryomancie. Et à chaque cri que tu poussais, à chaque côte que tu fracassais du pommeau, les Draugurs se mouvaient un peu plus près, te partageant leur parfum de corruption. Ta magie devenait de moins en moins efficace. L’un d’eux plongea d’une lenteur désespérante son épée rouillée entre tes omoplates. Et au moment où tu plantais mon quartz dans ton cœur toujours battant et que ton teint devenait blanc comme mort, tout s’arrêta dans une explosion de givre. Comme tu l’avais souhaité.

J’ai rêvé du couronnement, de notre couronnement, avec du sel et à travers les morsures de nos lèvres jusqu’à ce qu’elles soient tachées de rouge. J’ai rêvé du règne, de quelque chose de terrifiant. Nous avons rayé nos noms dans la peau de l’histoire et laissé rouiller le sang sur nos doigts. J’ai rêvé du royaume. Des fruits de notre pouvoir. Cette chose envahie, sauvage.

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I am something skin can’t hold.

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La nuit dernière, j'ai rêvé que je te touchais

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