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 Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps

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Swann Netil
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MessageSujet: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Mer 30 Mar - 5:39

La terre remuait sous le fer.

Lancés au grand galop, les chevaux frappaient le sol avec leur sabots inlassablement comme si la Mort étaient à leurs trousses. Empreint d'une frénésie bestiale, leurs souffles réguliers et forts, l'écume leur montait aux naseaux tandis qu'un épais nuage de poussière les poursuivait de près. Leurs poils, tantôt bruns, tantôt noirs, tantôt blanc, étaient devenus luisants ; des jours durant qu'ils étaient lancés à cette allure par leurs cavaliers. Inconfortablement installés sur leur dos, ceux-ci n'étaient pas plus frais que leur monture mais ils s'évertuaient à hurler sur elles comme pour les encourager à tenir le rythme effrénés qu'ils leur imposaient. Au bout du sentier, les bonnes gens du vieux hameaux voyaient venir à eux ces hommes d'arme intimidants ; tous cessèrent la tâche dont ils s'étaient acquittés pour le bon fonctionnement de la communauté et ils attendirent, d'un regard aussi méfiant qu'incongru. Lorsqu'ils virent l'étendard Hylien, et ce malgré qu'il se perdait à travers le brouillard brun qui s'élevait dans le ciel, ils abandonnèrent toutes leurs peurs et revêtirent un masque soit de mépris, soit d'incompréhension. Ils n'avaient pas l'habitude de voir des gens de l'armée - à peine une patrouille de cinq ou six hommes une fois par semaine. Aussi lorsqu'il était question d'une vingtaine de ces brutes en armure, il n'était pas coutume de les accueillirent les bras grands ouverts. Lorsque la colonne atteignit le puits du village, peu nombreux furent ceux à les rejoindre ; moins encore furent ceux à leur demander la raison de leur venue. Ils laissèrent ces honneurs là au doyen.

« Ho-là, chevalier ! » S'exclama Aurèle, s'appuyant sur une vieille canne pour s'approcher au plus près. Le bougre traîna sa jambe de bois comme un boulet, à en racler le sol, jusqu'à arriver à hauteur du premier des cavaliers. « Que cherchez-vous dans ces contrés reculées ? » Questionna-t-il sur un ton suspicieux. Jusque là aveugle à cause du soleil couchant qui se tenait juste derrière le soldat, le vieil homme se décala de manière à ce que la lumière soit cachée ; et découvrit alors le visage de cet homme au regard dur et marqué par la fatigue. Aussitôt, Aurèle redescendit ses yeux sur l'armure rouge qu'il revêtait. « Ni plus ni moins qu'un peu de nourriture, d'eau, et de repos ; pour mes hommes et pour les bêtes », répondit abruptement le soldat. Conscient de s'être montré peut-être un peu trop intimidant envers le vieil homme, il reprit avec plus de considération : « Je suis Jehan, capitaine de la garde. Peux-tu faire cela pour nous ? Nous ne tenons plus debout », confia le fils de Robin, une main tendue en direction du doyen. Celui-ci, après une brève hésitation, s'en empara et déclara : « Pour sûr, capitaine. »

Loin de là, sur une colline plus au nord, cachée parmi les ombres à la faveur d'un chêne, un regard vairons mêlant l'ambre et le gris s'accrochait à cette scène des plus embarrassantes. Car savoir une vingtaine d'hommes armés jusqu'aux dents si proche de leur camp n'était pas une idée avec laquelle Swann était particulièrement à l'aise. Pour autant, ce n'était pas la première fois qu'elle flirtait avec ce genre de danger ; par deux fois déjà les patrouilles de la Citadelle leur étaient passées devant sans remarquer les présences de la Lionne et de son compagnon. Mais la chance pouvait aussi bien leur sourire que les abandonner du jour au lendemain ; la Dragmire ignorait simplement quand ce jour viendrait. C'est avec cette appréhension qu'elle observa les soldats de Jehan descendre de leurs montures et d'aussitôt emboîter le pas de leur capitaine pour rejoindre l'Auberge des Deux Pins tandis que les équidés étaient attachés, soignés et nourris par les gens du village. « Des chevaux », souffla-t-elle alors qu'une idée lui était parvenue ; ou, plus précisément, une envie. Toujours accoudée contre l'écorce, elle se pinça les lèvres et resta quelques secondes de plus pour finalement rebrousser chemin en direction de la forêt qui s'étirait longuement en contre-bas.

Après quelques centaines de mètres à se battre contre les ronces, les buissons et les arbrisseaux à travers cette mer verte, Swann gagna un talus qu'elle franchit pour descendre une longue pente abrupte et dangereuse pour celles et ceux ne prenant pas attention aux pièges naturels qu'elle recelait ; serpents, nids de frôlons, et parfois même quelques trous de loups que certains chasseurs tendaient pour éloigner ces bêtes du village. La Lionne Noire elle-même, pourtant grande connaisseuse de cet endroit et ses environs, manqua de peu la morsure d'un de ces reptiles au corps épais et au museau retroussé, dont le venin pouvait être mortel en cas de trop forte dose. Mais le rampant n'eut pas le temps de planter ses crocs que l'acier de la Belle s'enfonçait dans son cou jusqu'à lui trancher la tête. Cette petite frayeur passée, l'assassin arriva au pied du versant et prit aussitôt sur sa gauche. Ses pas l'amenèrent à un mur de pierre grise et blanche recouvert d'une mousse verte. Elle fit glisser sa main sur la roche ; pas bien longtemps après, elle trouva et souleva un morceau de tissu gris et saupoudré de poudre de craie dissimulant une ouverture à même la roche. Sans plus attendre, elle s'y engouffra pour gagner la cachette de l'Ordre des Quinze.

Taillée à même les rocs durant des mois entier, le refuge était composé d'une seule pièce assez grande pour qu'elle puisse paraître une chambre d'auberge de taille convenable ; le plafond, pas bien haut mais assez pour qu'un géant de dix pieds puisse se tenir debout, était couvert de peintures rupestres qui semblaient raconter une histoire simple ; dans un renfoncement, une cheminée couvait quelques braises partiellement éteintes. Deux armoires posées l'une à côté de l'autre contre le mur Est recelaient quelques essentiels pour tout bon assassin qui se respecte, à savoir des armes, des outils en tout genre et des pièces d'armure ; et les deux étaient ouvertes et dépouillées des meilleurs matériels. « Évidement », souffla brièvement Swann. Il n'avait pas fallu très longtemps pour que le Ceald prenne ses aises mais cela ne la dérangeait en rien tant elle apprit à lui faire confiance depuis leur départ de la Citadelle d'Hylia. Néanmoins, avant de se mettre en quête du maître-chasseur, la jeune femme prit soin de relancer le feu de cheminée avant qu'il ne soit perdu puis déposa une fourrure sur ses propres épaules pour braver la nuit qui tombait et le vent froid qui l'accompagnait. Sans attendre davantage, elle quitta le refuge.

Même un chasseur aussi expert que Lanre laissait des traces - d'autant plus dans une forêt aussi épaisse et touffue que celle-ci - et la lionne ne tarda pas à trouver un début de piste. Si elle se doutait que son compagnon ne soit allé bien loin, elle ne savait pas quand il reviendrait à elle ; hors il lui fallait faire part de toute urgence de la situation au hameau du Sud - au moins pour qu'il ne soit pas pris d'une soudaine envie de se descendre un verre à l'auberge. De plus en plus sombre, la forêt devint de plus en plus difficile à déchiffrer et à lire ; les arbres devinrent effrayants et les loups d'entamer leur chant rituel. Swann poursuivit sa lente progression jusqu'à ce que son pied n'écrase une brindille ; derrière elle, elle entendit les feuillages remuer. « Lanre... ? » S'enquit-elle en plissant des yeux. C'est alors qu'un cerf sauta au-delà des fourrées pour s'écarter de la Dragmire en toute hâte. « Merde », s'agaça-t-elle, autant de ne pas trouver le guerrier que de l'éventuel repas qui venait de lui filer sous les yeux. Réajustant la fourrure sur elle-même, Swann entreprit de reprendre les recherches lorsqu'un grognement fort et régulier se fit entendre sur sa gauche. Elle eut à peine déposer son regard sur les deux yeux noirs et jaunes qui la fixaient pour deviner la sale bête qui se cachait derrière. Doucement, la dague lui glissa dans les mains, encore dissimulée sous sa cape noire. « Aller... viens ! » osa la jeune femme. La féroce bête s'avança ; mais dans la pénombre, quelques autres paires d'yeux aux mêmes teintes apparurent. « Oh... », souffla alors Swann avec beaucoup moins d'audace et de prétention. D'un bond fulgurant, le loup fusa vers elle, tout croc dehors. La lame lui transperça la gorge pour ressortir de l'autre côté alors que le poids de l'animal forçait la lionne à s'effondrer en arrière. Quand elle se défit du cadavre, le reste de la meute fondait sur elle.

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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Jeu 31 Mar - 0:29

Le chanvre ciré caressa doucement sa joue tandis qu'il ramenait son bras gauche aussi loin qu'il le pouvait, non sans laisser son visage se tordre dans un rictus faiblard. Plus il bandait l'arc de chasse, plus l'empennage courtisait ouvertement sa pommette. Cédant peu à peu à ses pressions, les deux amants s'éloignèrent, tout juste rejoint d'un trait, à mesure qu'il tirait la corde au plus loin du bras. A plus de cent-cinquante pieds de là, les bêtes grognaient, comme en écho à sa propre douleur — celle qui lui rongeait l'épaule et le pectoral. Sans même qu'il ne le réalise, il avait commencé à haleter, presque paisiblement. La pulpe de ses doigts maintint la corde encore un instant ; le temps qu'il ne fronce les sourcils, que les suzerains des bois ne sortent et affichent leurs robes et leurs pelisses. Le premier jeta l'Oiseau de nuit au sol et les autres hurlèrent, bondissant à sa suite. Le bois gronda quand l'étoupe tressée claquait, revenant l'épouser. La corde en tension manqua de peu de gifler le trappeur, comme le voulait le maniement de l'arc et la flèche siffla en silence ; rapide. Succinct et mortelle. L'acier s'envola à la manière d'un rapace, aussi discret que serein et déjà il armait un second projectile. Son épaule le lançait douloureusement. De ses lèvres entrouvertes fuit un râle sourd au moment même où la pointe de son tir perçait l’œil jaune vif d'un loup brun-roux. L'animal s'effondra au sol, sans un bruit, le museau tacheté de sang et de larmes.

Bien vite, le Ceald abandonna l'idée d'une deuxième salve. Sans se laisser à hurler il grinça des dents, ramenant sa main sur son épaule, qu'il tâcha de masser tant bien que mal par dessus la lamellaire qu'il portait, l'espace d'une seconde. Sur son visage se dessinait à nouveau un masque de souffrance, qu'il ne pouvait garder plus longtemps : déjà les maîtres du bosquet donnaient la chasse. L'un deux se laissa aller à un grondement guttural avant de gratter de la patte la terre carmin, imbibée. Tirant brièvement une petite balle de tissu – tout juste large comme son poing –, il ne quitta pas un seul moment la meute des yeux. Elle s'approchait dangereusement de Swann, quand il trouva enfin deux roches à frictionner. Les cris des loups ne lui provenaient que faiblement quand l'étincelle prit, enflammant brièvement l'une des mèches qui enroulait le drap bleu clair. Sans patienter plus longtemps l'apatride jeta l'explosif, tout aussi sommaire qu'il puisse sembler.  La bombe percuta l'arbre le plus proche du groupe de loups avant de détonner bien trop faiblement pour les blesser. Les bêtes sursautèrent toutes dans la seconde ou le gaz, invisible mais pas inodore, se dispersait dans l'air autour. Les animaux couinèrent et gémirent, visiblement effrayés. Un temps, ils cherchèrent à creuser, sans le moindre succès.

Lanre n'était pas sans savoir pourquoi paniquaient les quatre loups qui restaient debout, tentant vainement de forer l'humus des bois jusqu'à gagner la sûreté d'un terrier. Il n'ignorait pas plus que sa camarade avait probablement ingéré la toxine également ; qu'elle devait être en proie au même mal que les pauvres bêtes. A base d'un peu de moisissure verte – laquelle contenait du rebis –, d'essence de vitriol et d'un peu de salpêtre trouvée jouxtant la moisissure dans la cache, rongeant les murs ; il avait pu assembler un explosif des plus sournois. Traître et mesquin comme une vipère, malsain comme un charognard, le parfum que lâchait la petite bombe privait ses victimes de leurs sens un à un. D'abord, il s'attaquait à l'odorat, avant de priver la proie de la vue, puis du toucher, de l’ouïe et enfin du goût. Calmement, le maraudeur remonta sur sa gueule un long chèche qu'il avait imbibé de contre-poison avant de quitter le repaire du Cygne. Sous ses yeux verts-de-gris, les loups continuaient de se débattre tant bien que mal, maugréant leurs peurs et leurs craintes. Les plus chevronnés des hommes et les plus habiles des vétérans se laissaient régulièrement aller à l'angoisse, le plus souvent décontenancés et terrorisés par ce qui leur arrivait ; par cette chute progressive. D'un pas serein, l'Etranger s'approcha d'une meute encore plus marquée par l'épouvante, incapable de concevoir ce qui lui arrivait. Son arc ramené sur son épaule, il était également conscient du fait que Swann ne pouvait ni le voir, ni l'entendre. Laissant tournoyer doucement avec la flèche qu'il gardait coincée entre l'index et le majeur, l'Ours n'eut pas la moindre hésitation, quand bien même les effets du poison duraient plusieurs heures. Saisissant le premier loup à la nuque, à la manière d'une mère, il joua du tranchant de la pointe pour lui ouvrir la gorge. La bête ne sentait rien, sinon la vie la quitter à mesure que des torrents de sang quittaient son cou déchiré. Sans un mot, ni même un regard, il passa à la deuxième bête, qu'il égorgea comme la première ; puis à la troisième jusqu'à en arriver au dernier loup. L'animal, bien plus petit que les autres semblait être encore un louveteau, ou alors tout juste sortir de l'enfance. Le fer noir de la flèche lacéra sa gorge, exempt de la moindre gêne.

Après avoir négligemment essuyé l'extrémité de la flèche sur la fourrure de l'un des animaux, il s'approcha de la championne d'Aegis, non sans plonger une bandelette de tissu dans une outre de cuir rigide. Il ne s'agissait que d'un peu d'eau dans laquelle il avait fait infuser le contre-poison, dont l'effet était tout aussi graduel. S'agenouillant devant Swann après avoir déposé la gourde, le tissu toujours à l'intérieur, le rouquin releva doucement sa compagne, passant un bras dans son dos. De l'autre, il récupéra l'étoffe trempée – et odorante – avant de la plaquer sur le nez de la jeune femme. « Tout doux, tout doux... » Siffla-t-il gentiment, la voix légèrement étouffée par le châle qui lui rognait le bas de la gueule. Lentement mais sûrement, la Dragmire devait se sentir revenir dans un univers plus familier ; moins perturbant. « C'est fini. » Reprit-il doucement, d'un ton qui se voulait rassurant. Il ne s'agissait pas tant de la protéger des loups que de mettre un terme aux éventuelles inquiétudes qu'elle pouvait nourrir depuis que le gaz avait commencé à agir. Pour y avoir déjà été confronté, il savait à quel point la toxine pouvait être violente. « Désolé de t'avoir infligé ça. » S'excusa-t-il, sans pour autant prendre la peine de se justifier. Ça n'était pas dans ses manières et il ne voyait aucune raison de le faire : il était loin de s'estimer coupable de quoique ce soit, et le cas échéant il endossait le plus souvent les reproches et les accusations sans prendre la peine de se défendre. Quelques vestiges des jugements de l'Elde qu'il ne parvenait pas à effacer et qui le marquait au moins autant que les cicatrices. « Tout devrait redevenir normal d'ici quelques instants, » précisa-t-il à l'attention de Swann, mais en jetant un regard par dessus son épaule. Le plus jeune des loups était encore secoué de petits soubresauts. « Maintient bien ça sur ton nez. Sans ça, tu auras besoin de temps avant de te défaire de Nimhe ». Parfois, les mots persistaient à lui manquer et bien vite sa langue natale revenait faire claquer sa langue contre son palais. Il ne doutait de toute façon pas que Swann comprenne la nécessité qu'il tâchait d'expliquer. Sans vraiment attendre de réponse de sa part, il se releva, récupérant l'outre qu'il attacha à sa ceinture.

Réajustant son propre cache-nez, il s'approcha des dépouilles des bêtes qu'il avait sommairement exécutés. En dehors de celle que Swann avait tué et de celle dont il avait percé l’œil, les quatre autres resteraient toujours impropres à la consommation, aussi empoisonnées que de la chaire faisandée, bien que d'une façon très différente. Ramenant sa main sur son menton, hésitant, il finit par se décider. Pendant le louveteau à son flanc, à la manière d'un lapin, il questionna son amie. « Tu n'es pas à l'abri ? » S'enquit-il d'abord, liant tant bien que mal les pattes arrières de l'animal au ceinturon qui venait scinder sa lamellaire en deux parties. L'armure, qu'il avait trouvé avec l'arc dans les réserves de l'Ordre, se composait d'une série de lamelles de cuir, chacune épaisse de presque un pouce, cousue les unes aux autres. La cuirasse, qu'il avait enfilé par dessus une chemise de lin sombre, comptait des épaulières, mais pas de véritable manches.Un épais collier de fourrure brune – d'ours, à l'évidence – couvrait sa nuque, ses épaules et descendait jusqu'à ses omoplates, mais laissait sa gorge nue. Son bras gauche était bardé d'un gant de cuir, mais il avait préféré se contenter des bandages de lin pour le droit, encore douloureux après la suture qu'il avait du mener. Sous le ceinturon, un simple pantalon de bure s'enfonçait dans des bottes de cuir qui remontaient jusqu'à ses genoux. Le tout restait assez sombre pour passer inaperçu en forêt et ne pas être suspect dans les ruelles d'un de ces villages qu'il ne fréquentait de toute façon jamais. « Quelque chose t'inquiète. » Souffla-t-il à la Dragmire, plongeant ses yeux dans les siens. Un duel mené l'un contre l'autre ; un mois passé dans la même cellule, une évasion commune et cinq jours de cavale avaient contribué à les rapprocher au point qu'il pouvait commencer à prétendre comprendre (sinon connaître) la la Lionne noir. Il n'aurait pas su dire ce qui lui donnait cette impression — outre le fait qu'elle s'aventure aussi profondément dans les bois. Sans doute s'agissait-il de la façon que pouvaient avoir ses yeux vairons de le suivre dans chacun de ses mouvements, où les rides qui ternissaient parfois son front. Il était parfois des certitudes qu'il ne savait expliquer, mais son instinct l'avait rarement trompé.

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Swann Netil
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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Ven 1 Avr - 1:25

Un trait siffla à son oreille.

Sitôt plantée dans l'œil de l'une des bêtes, celle-ci s'écroula dans un couinement apeuré et désemparé. Le reste de la meute, surprise de prime abord, avait cessé sa course mais déjà il lorgnait de nouveau sur la Dragmire et la viande fraîche accrochée sur ses jeune os. L'un d'eux se jeta sur elle sans plus de cérémonie ; tout crocs sortis, sa mâchoire se referma sur l'acier. La gueule en sang, l'animal fut contraint à une torsion soudaine qui le plaqua dos au sol, alors que sa supposée victime rampait en arrière comme elle le pouvait, gêner par la longue cape qu'elle avait revêtue plus tôt et qui s'accrochait aux branches et aux ronces. Dans la précipitation, son talon alla s'écraser brutalement contre ses vertèbres, puis une seconde contre son museau, provoquant alors un craquement glauque et malsain. Le loup se releva et s'éloigna aussitôt en suffoquant, les narines couvertes de nouvelles tâches carmins ; Face à lui, la lionne menaçait ses compagnons canins de la pointe de sa dague, les jambes encore emmêlées dans les draps sombres qui lui servait auparavant à combattre la fraîcheur et l'humidité de la forêt. Plus patients, ses agresseurs se mirent à tourner lentement autours d'elle tout en la fixant méchamment, à la recherche d'une opportunité pour la saisir à la gorge et la saigner ; en l'attendant, ils l'encerclèrent, et refermèrent l'étaux petit à petit.

Puis, une bombe détona dans le dos du Cygne ; libérant un nuage presque inodore mais aux reflets vermeils à la faveur des lueurs tamisée qui pénétraient la forêt. Les animaux, surpris et profondément méfiants, s'écartèrent bien vite mais il était déjà trop tard. Sous les yeux de la Lionne Noire, les animaux se mirent très rapidement à paniquer ; leur instinct de survie primitif les poussa à chercher refuge dans la terre sans parvenir à y trouver quoique ce soit. Swann ne pouvait que les observer gémir et agoniser, alors qu'elle-même était prise d'une violente quinte de toux qui lui déchirait les poumons ; les deux mains plaquée contre sa bouche et son nez, elle vit ces fiers tueurs de la forêt s'écrouler et délirer alors qu'un voile blanc tombait doucement sur ses yeux. Gagnée par la même panique qui frappait la meute, l'assassin rampa en arrière pour fuir cet air qu'elle devinait empoisonné. Aveugle, elle cogna un arbre, ou un rocher ; elle n'aurait su le dire. Elle passa pourtant la paume de sa main à la surface de cet obstacle mais elle ne distingua rien. Dès lors elle cessa tout mouvement et tenta bien que mal de reprendre le contrôle de son souffle alors que son cœur battait de plus en plus fort dans sa poitrine. Boum Boum. Il semblait frapper sa cage thoracique avec une insistance incontrôlable.

Boum Boum.

Boum...

Puis plus rien. Rien, si ce n'était un sifflement strident et crispant qui lui cisaillait les tympans ; jusqu'à ce que, par miracle, il s'éteigne à son tour, de la même manière que le bruit du vent, le chant des hiboux et les cris des loups s'étaient avant lui. Privée de tous ses sens, la Belle de Villarreal n'avait plus que pour elle ses pensées et les voix qu'elle pouvait inventer pour les accompagner. Grâce à cela, elle su qu'elle n'était pas en train de partir ; et cela la rassura quelque peu malgré tout. « Il faut que ça cesse. Vite », pensa-t-elle néanmoins. Si la douleur des premières secondes avaient disparus, elle se sentait profondément vulnérable et incapable ; ce qu'elle détestait. L'idée qu'elle était en train de se faire dévorer par les loups la traversa furtivement jusqu'à ce qu'elle se rappelle malgré tout les gémissements d'agonie qu'ils poussaient plus tôt. Son corps trembla. Puis, après quelques longues et interminables secondes, quelques maigres sensations la regagnèrent sans crier gare. Le brouillard opaque dans lequel elle nageait se dissipa sensiblement, ses oreilles captèrent des soins lointains et de drôles de petits crépitements gagnèrent le bout de ses doigts. Instinctivement, ceux-ci cherchèrent quelques repères pour qu'elle puisse se situer et agrippèrent la première chose qu'ils purent saisir ; quelque chose comme un poignet, ou un bras. Pas tout à fait remise, la Dragmire s'y accrocha fermement.

« Lanre », espéra-t-elle en silence. Le visage du Ceald lui apparut plus nettement ainsi que les mots et le ton rassurant qu'il employait. Avec l'ouïe et la vue revinrent ses autres sens graduellement ; lorsqu'elle s'aperçue que le chasseur maintenait un tissu humide et froid contre son visage, elle le lâcha immédiatement pour s'en saisir et de l'appliquer elle-même selon les conseils de son ami. Reprise par une forte toux - certes moins agressive que précédemment - elle se garda son droit de réponse alors que de noires pensées l'envahissaient. Observant les bêtes de la nuit écroulées dans une mare de sang, elle conserva pour elle les reproches et les remarques acerbes qui lui venaient égoïstement ; car bien que sa vie ait été préservée, elle n'en retenait pas moins la manière dont avait officié le rouquin à son égard et de l'avoir confronté à une expérience éprouvante. Pour connaître son caractère impulsif et parfois un peu précipité, elle pensait réellement qu'il y eut d'autres moyens pour lui venir en aide. A ceci près qu'avec la méthode ici employée, elle s'en sortait sans la moindre égratignure. A cette idée, le regard emplit de mépris qu'elle envoyait à son compagnon s'adoucit, bien que légèrement.

Si la jeune femme se sentait quelque peu humiliée - après, qu'était-ce, six loups, contre elle ? - elle restait reconnaissante envers le Ceald ; sans lui répondre, elle l'observa s'éloigner tandis qu'elle récupérait encore. Se désintéressant finalement du guerrier, elle entreprit de se relever. Une profonde griffure lui barrait la cuisse ; sûrement un souvenir du loup qui l'avait agressé plus tôt. Aussi eut-elle quelques difficultés pour regagner son équilibre. Une fois cela fait, elle tâcha de ramasser la cape de fourrure, tâchant de la dégager des ronces sans la déchirer, tandis que derrière elle la voix de Lanre s'élevait de nouveau, plus nettement. « Non », répondit-elle sèchement, cherchant à faire comprendre par là son ressenti. Elle n'ajouta rien ; ni pique, ni sarcasme. Elle le savait imperméable à ses traits d'humeur - trop nombreux, sans doute - et elle savait la nécessité de se calmer pour mieux préparer la suite. L'épaisse fourrure enfin dégagée de ses prises, la Championne s'en couvrit immédiatement et l'ajusta au mieux, alors que son compagnon la rejoignait. Il fut finalement question de son inquiétude - légitime, à la vue de la pléthore de soldat qui grouillait non loin ! « Oui, toi », répondit-elle du tac-au-tac. L'ambre et le gris remontèrent vers le maître-chasseur ; aussitôt, son regard s'adoucit, et s'essaya à un sourire malicieux comme elle savait si bien les faire. « Mais, de toute évidence, c'est pour moi que je devrais m'inquiéter, pas vrai ? » Reprit-elle, alors que sa colère avait disparu.

L'atmosphère un peu plus détendu, Swann fut prise d'un court ricanement qu'elle coupa presque aussitôt. Son regard se déporta ci-et-là sur les cadavres des canidés, se perdit dans les profondeurs insondables des bois avant de revenir à son compagnon. « Tu ne devrais pas traîner tout seul par ici. La nuit tombe. Le vent est froid et il n'y pas que des loups dans cette forêt », s'expliqua-t-elle avec un ton plus conciliant. Après quelques semaines à le côtoyer, et touchée par sa volonté de l'aider dans son aventure, la Dragmire s'était attaché à la présence du Ceald à ses côtés ; aussi s’intéressait-elle de près à son sort et des risques qu'il encourait lorsque seul il décidait de braver les dangers des forêts d'Hyrule. « Rentrons. Il faut que je te parles de quelque chose », ajouta-t-elle furtivement, puis de se mettre immédiatement en marche vers le repère de l'Ordre. Par chance, la cachette n'était pas très loin.

Les muscles encore un peu endormis à cause de la toxine, la jeune femme eut parfois quelques petits tressautements sur le chemin ; parfois, quelques vertiges. Rien qui ne l'empêcha de regagner la cache, où brûlait ardemment la dernière bûche dans la petite cheminée. Se saisissant d'une des sacoches laissées là, elle en sortit un pain dont elle arracha un morceau, et de s'empresser de croquer dedans - cela ferait son repas, elle n'avait pas très faim et encore moins depuis que la toxine lui avait altéré les sens. S'asseyant sur les genoux, l'ambre et le gris recherchèrent Lanre, celui-ci déposant naturellement ses affaires. Alors qu'il allait pour défaire les sangles de sa lamellaire, Swann lui fit signe de la main. « Ne l'enlève pas, on s'en va bientôt », dit-elle entre deux crocs. « Et puis tu la portes bien », glissa-t-elle avec un sourire amical. Sans insister davantage, la Belle se cala, dos contre un mur, puis de fixer le Ceald. Jouant avec le petit suspens qu'elle instaurait depuis son sauvetage, comme il lui était habituel de le faire, elle se décida à finalement céder face à l'incompréhension de son camarade. « J'ai trouvé des chevaux », commença-t-elle en préambule. « Environ une vingtaine, soit plus qu'il n'en faut pour nous rendre dans le Désert Gérudo. Mais tu te doutes que s'il y a cheval... il y a cavalier », fit-elle tout en finissant le pain. « Ils doivent être à notre recherche, et si nous ne nous en chargeons pas, ils vont nous accompagner un bout de temps. Alors je te propose de les ralentir un peu, et nous, de passer à la vitesse supérieure », conclut-elle, toute excitée à l'idée de retrouver un peu d'action et d'adrénaline. « Qu'en dis-tu ? »

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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Lun 4 Avr - 21:33

D'instinct, et sans qu'il ne fasse quoique ce soit pour l'empêcher, sa main monta à l'assaut de son épaule meurtrie, pour ne rencontrer que la fourrure d'ours qui pesait sur la lamellaire. Sans bruit, il grogna, ne rêvant plus que de se débarrasser de la lourde pelisse et de l'imposante cuirasse qui oppressait son échine. En vérité, et s'il se savait plus en sécurité sous une armure qu'elle fut de cuir ou de mailles, il ne souhaitait rien autant que retirer jusqu'au bandage qui lui barrait le torse depuis cinq jours désormais. Réalisant qu'il lui faudrait bientôt en changer, il se laissa aller à un demi-sourire sous le chèche qui rognait son visage, masquant jusqu'aux peintures de guerre qu'il portait sur les joues. Au ton de la jeune femme, il sut qu'elle n'avait probablement pas apprécié l'expérience qu'il lui avait imposé, mais à ses reproches latents il préféra répondre par un silence profond comme il le faisait souvent. Il savait pertinemment, avant-même d'allumer la mèche de l'explosif, comment cela se déroulerait et à aucun moment il ne s'était attendu à ce que sa camarade passe un agréable moment. Ça n'était pas là l'objectif : la toxine lui avait épargné d'aggraver ses propres blessures et lui avait ménagé suffisamment de temps pour qu'il puisse lui venir en aide sans qu'elle n'encourt le risque d'être plus malmenée que la première bête n'avait su le faire. « Probablement. » Lâcha-t-il simplement, pour toute réponse aux inquiétudes qu'exprimait le Cygne. Sans rien avoir d'une provocation, le pragmatisme et la désinvolture dont pouvait faire preuve le maraudeur venaient confirmer la pseudo-question que lui adressait une Swann déjà presque taquine. Rares étaient les instants ou le Ceald se séparait de ce masque qui l'habillait la plupart du temps. Et, d'un point de vue très terre à terre, bien des éléments allaient dans son sens. Laissant son regard traîner la Belle de Villarreal ; plus en quête d'éventuelles séquelles que de courbes accueillantes et de décolletés plongeants, il remarqua que sa compagne de route se refusait à s'appuyer autant sur l'une de ses jambes que sur l'autre. Il n'en fit pas la remarque, bien conscient de cette fierté un peu folle qui pouvait animer la Dragmire.

L'espace d'un instant, Swann se laissa aller à un petit rire, avant de l'inviter à la suivre. « Très bien. » Siffla-t-il seulement, non sans un dernier regard aux loups qu'il avait exécuté. Le louveteau pendait toujours à sa ceinture quand il ramena l'arc en bandoulière, contre son torse. Lentement mais sûrement, les deux baroudeurs s'enfoncèrent dans les bois denses et drus. De temps à autre, le rouquin laissait la pulpe de ses doigts effleurer la ramure de certaines plantes encore humide de la dernière pluie. Sans un mot, il rabaissa le chèche qui grimpait sur son nez, simplement par envie de respirer un peu plus l'effluve de la Forêt. Ce parfum, tantôt humide comme l'humus, tantôt acre comme le sureau, avait la douce odeur de cette liberté qu'on tentait trop souvent de lui voler. Une dernière fois, avant de gagner le repaire du Cygne, l'Ours huma l'air des bois une dernière fois.

Ses doigts caressèrent doucement la roche alors qu'ils gagnaient l'abri, Swann à sa tête. La démarche de son alliée avait quelque chose d'un peu hésitant, sans qu'il ne sache précisément s'il s'agissait des derniers effets de la toxine, malgré l'infusion d'ortie qu'il lui avait administré ; où si c'était là la marque d'une blessure plus grave qu'il n'avait pu le dire un instant plus tôt. Il la laissa s'approcher de l'imposante cheminée, unique source de lumière dès lors que la porte de la tanière se refermait derrière eux, tandis qu'il entreprenait de se défaire des possessions qu'il avait emmené dehors. Détachant d'abord l'animal qui tirait sur son ceinturon, il déposa ensuite l'arc sur le râtelier d'armes où il l'avait trouvé. Toujours en silence, il accrocha le carquois près de l'arme de chasse, avant de suspendre sa besace à quelques pouces de là. Enfin, il commença, non sans un soupir muet, à se délester de la lamellaire qui appuyait sévèrement sur son épaule. Mais sa camarade ne semblait pas de cet avis et cru bon de le faire savoir, l'arrêtant dans son geste. « Non. » Siffla-t-il sobrement, tout lacunaire qu'il pouvait être, alors qu'il se tournait vers la Championne d'Aegis. L'Enfant-du-Désert s'était assise, prêt du feu, et grignotait un peu du pain rance qu'il leur restait. Un joli sourire étirait ses fines lèvres, sur lesquelles Lanre s'arrêta une seconde avant d'expliquer son refus. « On ne part pas bientôt. » Reprit-il, plongeant son regard d'émeraude dans celui de vairon de l'ancienne membre de l'Ordre. Sans retirer la lamellaire, il s'approcha d'elle, doucement. « La plaie n'a pas l'air bien grave, mais elle va s'infecter. C'est une question de temps. » Les loups, tout majestueux qu'ils pouvaient sembler, étaient de ces animaux sauvages dont les crocs et les griffes représentaient un danger même une fois la tête coupée. « On partira, » ajouta-t-il d'un ton qui n'appelait pas à la discussion. Il ne donnait pas un ordre à Swann a proprement parler, mais ce qu'il disait ne souffrirait pas de la moindre contestation. « Mais tu ne bouges pas d'ici tant qu'on a pas jeté un œil à ça. » Du menton, il désigna la jambe sur laquelle Swann s'asseyait nonchalamment, sans plus chercher à la ménager. En outre, il avait lui même un bandage à changer.

Jetant un regard circulaire, il inspecta plus avant la caverne qu'il n'avait pas vraiment pris le temps de découvrir avant de partir en recherche de provisions. Jusqu'à présent, leur petit duo avait sans cesse manqué de ressources, tant en matière d'eau claire que de viande. Sa défiance habituelle à l'égard de ce qu'il ignorait l'avait poussé à ne pas se tourner vers les quelques rations qu'il avait pu trouver en fouillant rapidement. Le pain et les céréales ne présentaient pas de signes d'étiolements particuliers mais il en savait trop peu sur ses denrées pour se fier à son seul odorat. Sans compter que l'affrontement qu'il avait du mener, avant de connaître les geôles, avait été parmi les plus coûteux en matière de décoctions. On ne tue pas un Dovah aussi aisément qu'un homme, après tout. Haussant les épaules, il laissa Swann développer son idée, non sans retourner vers la sacoche qu'il avait abandonné quelques minutes auparavant. Rapidement, il retrouva les quelques feuilles de plantain récoltées à l'ombre d'un grand saule, mais la laissa à l'intérieur. « H-Hm. »  fit-il, acquiesçant d'un geste de la tête, à ce que disait la jeune femme, sans prendre le temps de formuler une réponse réelle. Tirant deux pans de tissus propres – originellement prévus pour des nouveaux pansements pour son épaule –, il attrapa également une des épées courtes qui dormait dans l'un des larges vases qui meublaient certains murs. Le manche était plus semblable aux lames qu'il connaissait qu'à celles qu'il avait pu croiser à la ceinture des différents guerriers Hyliens. Pas de quillons en croix mais trois cercles de bois épais et sertis d'un rond d'étain chacun, reliés par le maillon central. La fusée,  ovale, était sculptée et d'une taille qui lui convenait assez. Le pommeau était une symétrie quasi-parfaite des quillons de bois, tandis que la lame d'acier semblait également habile pour l'estoc que la tranche. Comme pour en tester le fil, coupa net l'une des bandes de tissu.

"Déshabille-toi." Fit-il en se retournant vers Swann, abandonnant l'épée dans son réceptacle premier. Le visage surpris de sa partenaire lui fit prendre conscience du décalage qu'elle devait voir sa demande. Elle maugréa quelque chose qui ressemblait à un refus, mais il insista. « Ne fais pas l'enfant ! » Siffla-t-il doucement, bien que surpris des intentions qu'elle semblait lui prêter. « Il faudra bien voir la marque pour la nettoyer. » Conclut-il, manifestement à même de la convaincre. Alors qu'elle commençait à retirer son bas, Lanre lui accorda sans réelle hésitation l'intimité qu'elle avait semblé souhaiter. Il avait de toute façon trop à faire pour rester et se contenter de la contempler. Alors que la jeune femme se découvrait, il commença à remplir une vasque, depuis la source d'eau claire qui coulait dans la grotte, alimentant deux rigoles aux sols. A l'évidence, la cache avait été pensée pour pouvoir y vivre plusieurs semaines sans avoir à s'éloigner véritablement. Quand il revint avec le petit baquet rempli, la Dragmire s'était séparée de ses chausses mais avait conservé sa pudeur et son ample chemise de lin noire. Portant le récipient de pierre grise jusqu'aux braises, il le déposa tout prêt de l'âtre avant de s'approcher de Swann. « Tiens, fit-il, lui tendant la bandelette de coton qu'il avait coupé, fais un point de pression sur ta jambe avec. Maintiens-le dix minutes. » Constatant que les saignements s'étaient amenuisés depuis tout à l'heure, le maraudeur estimait qu'elle n'aurait pas besoin de plus. « Quand ce sera fait, sers-toi de ça pour nettoyer la plaie. » Déclara-t-il, désignant nonchalamment du menton le baquet qu'il avait laissé près d'elle. Conscient que la situation pouvait lui sembler gênante – se dénuder n'avait pas semblé l'emballer tant –, le paria s'éloigna de la traîtresse.

Regagnant le râtelier d'armes où il avait laissé sa sacoche, le fils d'Aaricia termina ce qu'il avait entreprit à l'origine, non sans une grimace quand il lui fallut détacher les sangles qui appuyaient sur son omoplate et la naissance de son bras. Bien vite, il s'émancipa de l'armure, les cheveux et les tempes légèrement poissées par la sueur. Il grogna un juron inaudible, même pour lui, avant de laisser tomber l'armure au sol. Sans patienter beaucoup plus, il ôta également la tunique et entreprit de défaire le bandage qu'il portait depuis déjà trop longtemps. Récupérant l'épée et un peu de tissu, il coupa quatre bandes de longueurs inégales : deux d'entre elles viseraient à aider Swann quand les deux autres viendraient ceindre son thorax. Il récupéra ensuite le plantain ainsi que quelques feuilles de genévrier. Dans une seconde vasque de pierre, à l'aide du pommeau de l'épée, il broya les herbes jusqu'à récupérer deux espèces de pattes, bien distinctes. L'une ne contenait que du plantain, pour Swann, quand la deuxième mélangeait les deux substances. Glissant la première sur une bande de lin, il revint vers la blessée et lui demanda de tendre la jambe. La plaie, bien que légèrement diagonale, tenait plus d'une estafilade horizontale que verticale, ce qui facilita son ouvrage quand il fallut appliquer le cataplasme. Avec la deuxième bande, il assura le premier, de manière à ce que la jeune femme n'ai pas à le réajuster en permanence. « C'est pour combattre ahra'an. » Précisa-t-il, la voix plus calme, plus sereine. Peut-être moins bourrue qu'un instant plus tôt également. Son regard rencontra celui de Swann, l'espace d'un instant, avant qu'il ne lui rende les rennes et réitère la manœuvre pour sa propre cicatrice. « Bien ; lança-t-il ensuite, cherchant à nouveau le regard de Swann, tu me parlais de chevaux. »

*

Le Ceald ramena le capuchon de fourrure brune et noire sur son visage. Avec la nuit avait fini par tomber la pluie ; violente, tenace et froide. Elle battait les cieux, la chaume, la roche et les sentiers. Sous sa fureur, la terre devenait boue, sous sa haine, les pistes mourraient une à une. En silence, il remercia l'entité responsable de ce présent qui leur était fait ; sans trop savoir de qui il s'agissait précisément. Les Dovah n'étaient connu ni pour leur clémence, ni leur amour des siens et il doutait que le moindre d'entre eux leur vienne en aide. En réalité, il doutait même qu'un seul prenne le temps suffisant pour remarquer les faibles créatures qu'ils étaient ; à leurs échelles. Il n'avait pas la prétention d'attirer l'attention, ni même la foudre, des Esprits Supérieurs mais il leur adressa tout de même une pensée — un mot qui ne dépassa jamais le sceau de ses lèvres calfeutrées. Dans un silence que tant lui ignoraient – à commencer par Aedelrik – mais qui le caractérisait peut-être plus que l'habileté aux armes, Lanre approcha de l'étable, les jambes pliées et le dos courbé. Passant derrière un garçon de ferme qui ruminait une colère alcoolisée, il percuta durement l'arrière de son crâne de son coude. Le soudard s'effondra, le groin dans le limon. Furtivement, et par conséquent lentement, l'Ours s'avança jusqu'à la masure sous laquelle avait été abrités les chevaux. Tirant la porte aussi discrètement qu'il était possible de le faire, il se glissa à l'intérieur. En s'approchant des bêtes, il comprit qu'il s'agissait là de chevaux de trait plus que de chevaux de guerre. Il connaissait mieux ces bêtes-là que les juments élancées qu'il avait vu fuir le Bourg de Cocorico durant la bataille. « Pehmea... — », souffla-t-il doucement pour calmer l'une des montures que sa présence suffisait manifestement à paniquer. Sa main vint à la rencontre des naseaux de l'animal qui se calma peu à peu. Tout en évitant les gestes brusques, il sella les deux animaux qui lui semblaient le plus susceptible de tenir le rythme mais aussi les distances qu'ils allaient leur imposer. Jetant de temps à autre un coup d'oeil, pour vérifier que personne ne venait compromettre son ouvrage, il constata que Swann remplissait plutôt bien sa part du travail. Accélérant son rythme, pour qu'elle n'ai pas à faire durer sa part de la diversion, il sortit les deux chevaux qu'il avait sélectionné, avant de détacher les autres un à un. Frappant l'ensemble des bêtes sur la croupe, il fit son possible pour les effrayer tant que faire se peut. Dans une série de hennissements et dans le chaos des sabots masqué par la pluie, la garnison fuyait. Attachant la bride d'un des chevaux à la selle de l'autre, il enfourcha la jument avant de s'éloigner de l'étable à son tour.

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Swann Netil
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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Mer 6 Avr - 3:34

La Dragmire manqua d'écarquiller les yeux à la demande du Ceald.

Si elle ne lui prêtait pas quelques intentions douteuses - l'idée ne la traversa que brièvement -, elle n'était pas tout à fait prompte à se séparer de sa pudeur pour autant. Mal à l'aise depuis bien des lunes dès qu'il s'agissait de dévoiler son corps, elle n'en resta pas moins mesurée dans sa réaction. L'étranger ne pourrait, peut-être, pas comprendre. « On s'en occupera plus tard », souffla-t-elle comme excuse. Mais il ne s'agissait que de repousser l'inévitable et Lanre insista avec plus d'autorité. Elle le trouva plus patient qu'habituellement malgré tout ; et bien plus attentionné qu'elle ne s'en serait douté. Par ailleurs, ils avaient la chance d'avoir rejoint un refuge de l'Ordre qui, en toute logique, ne devait être connu que d'elle et des (très) rares survivants de l'organisation. A moins d'un rocambolesque retournement de situation, personne ne viendrait la surprendre en ce lieu. Aussi ne pouvait-elle pas espérer plus intime. Finalement convaincue, elle se déchaussa tandis que le maître chasseur s'en retournait pour préparer de quoi nettoyer la plaie. Certainement agacée de devoir en arriver là par la faute de sa curiosité et de la petite escapade qui lui valait cette blessure anodine mais ô combien dangereuse, Swann eut vite fait de retirer ce qui devait l'être. Elle se rassit en tailleur sur la fourrure pour s'éviter quelques frissons alors que le bas de sa chemise noire s'étira pour garder cacher le plus essentiel. Non sans un rictus un peu forcé, elle reporta son attention sur son ami alors qu'il revenait à elle, une bande de coton dans une main et une vasque d'eau dans l'autre.

Il déposa le bol tout près de la jeune femme et lui tendit la bande ; il lui expliqua comment procéder ensuite, du même ton un peu bourru qu'elle ne lui connaissait que trop bien. « Très bien », glissa-t-elle lorsqu'il eut fini et qu'il s'écartait déjà. Moins gênée que plus tôt, l'assassin appliqua les consignes données. Elle appuya fortement le coton contre sa cuisse en un point proche de la blessure, un peu au-dessus. Son regard vairon alla ensuite se déposer sur son compagnon alors qu'il retirait l'armure et son haut ; et de préparer dans la foulée ce qu'elle devinait comme une patte antiseptique à base de plantes. Cela faisait cinq jours déjà depuis leur évasion et sa débrouillardise ne cessait de l'étonner. Là où elle n'était qu'un instrument de mort, une athlète rompue aux combats et spécialisée dans le meurtre, elle lui trouvait de plus en plus d'atouts. Ses capacités à pister, chasser, soigner ; il était un expert en survie. Et si elle ignorait de quelles contrées lointaines l'étranger était issue, elle remerciait les astres de le lui avoir fait croiser sa route. Par ailleurs, elle finirait par entendre les raisons qui l'avaient éloignées de ses terres natales tout comme celles qui le poussaient encore à la suivre sans que rien ne les relie. Rien, si ce n'est le pendentif de la Princesse. La question l'avait plusieurs fois traversée sans qu'elle ne vienne sur le tapis ; encore une fois, la situation ne s'y prêtait pas.

Quand Lanre finissait d'écraser les feuilles, le Cygne Noir trempait la bande de coton dans l'eau. Elle entama de nettoyer le sang séché délicatement jusqu'à ce que très vite il n'en reste plus de trace. A ce moment là, le Ceald était revenu s'installer au plus près qu'il fut décent de l'être, accompagné de quatre bandes de tissu de différentes longueurs. Lui intimant de déplier la jambe blessée, la Traître-Lionne s’exécuta ; et de lui laisser le soin d'appliquer ses remèdes. « Merci », glissa-t-elle dans un presque soupire. Leur regard se croisèrent l'espace d'une ou deux secondes, forçant la blessée à un sourire sincère. Le trappeur reprit la parole au bout de quelques instants, alors qu'il venait de finir son ouvrage sur les anciennes Larmes du Clan. D'un regard qui souffrait moins à l'interprétation que précédemment, la brune se redressa et attrapa la plus courte des bandes destinées à la blessure de Lanre - beaucoup plus impressionnante par ailleurs. « De chevaux... et de cavaliers, oui », reprit-elle d'un ton plus sûr, alors que tout malaise était écarté dorénavant. Dans le soucis de se montrer la plus délicate possible - dans la mesure du possible compte tenu de la blessure, s'entend -, la Dragmire posa le pansement tout en douceur, en prenant bien soin que celui-ci suive parfaitement la plaie laissée par Dodongo. Concentrée et appliquée, elle prit plus de précaution et de temps à chaque fois qu'elle voyait les traits de son compagnon s'étirer méchamment. « L'un de nous fait diversion à la taverne ; l'autre tire deux chevaux. Sans oublier de faire fuir le reste aux quatre coins des Plaines - Tes bras », siffla-t-elle alors qu'elle récupérait la seconde bande. « Lève-les », précisa-t-elle ensuite.

Apposant sur son torse le second bandage de façon à ce que le premier tienne plus facilement, elle eut à se redresser sur ses genoux l'espace d'un moment afin de le faire passer dans le dos du chasseur. « Je m'occupe des soldats », reprit-elle, autoritaire. Ses courbes frôlèrent le museau de Lanre ; la jeune femme ne pu s'empêcher un frisson lorsqu'elle ressentit le souffle de son compagnon traverser les mailles de sa chemise. L'instant fut assez fugace et elle repartit bien vite en arrière pour finaliser son œuvre au niveau du pectoral gauche ; et le Ceald d'enfin pouvoir reposer ses bras. « Voila qui est fait », glissa-t-elle sans chercher à ménager sa petite fierté personnelle. S'il n'y avait rien d'exceptionnel dans ce qu'elle venait de faire, elle se félicitait davantage que son ami n'ait pas eu à protester quant à ses directives sur son plan d'action. Au contraire, d'un regard entendu avec la Fille de Kelya, il s'en retourna ranger ses affaires ; laissant la plus téméraire des Netil tout à son aise pour se rhabiller et de se préparer pour leur départ.


~


La pluie battait son plein lorsque Swann parvint jusqu'à l'Auberge des Deux Pins.

Légère, elle manquait presque de s'envoler lorsque les bourrasques les plus violentes l'atteignaient ; d'autres fois, elle s'empêtrait dans de larges flaques boueuses et trompeuses. Cachée au coin d'un mur de la bâtisse, entre deux barils renversés s'enfonçant dans la terre, elle observait les alentours en toute discrétion. Les volets claquaient à s'en arracher, comme les portes et les fenêtres laissées entrouvertes et qui étaient depuis oubliées des habitants. Le hameau, si paisible et vivant habituellement, connaissait des heures bien sombres - et l'assassin de tenter d'illuminer un peu cette soirée. Lentement mais sûrement, le masque de suie dont elle s'était affublée plus tôt coulait sur ses pommettes pour, probablement, disparaître complètement d'ici quelques minutes. De l'autre côté, une furtive silhouette familière lui apparut ; elle sut qu'elle devait passer à l'action dès lors. Longeant le mur, à l'abri du vent, elle ne s'arrêta qu'après être arrivée à hauteur d'une fenêtre donnant sur le premier étage de la taverne. Se saisissant d'un couteau pas plus long que sa main, elle glissa celle qui lui restait libre dans un interstice entre deux planches. Elle planta la lame un peu plus haut, puis, d'un bond, se hissa en recherchant avec la pointe de ses bottes quelques prises sur lesquelles s'appuyer. Une fois cela acquis, elle entama sa montée.

Une fois en haut, elle n'eut aucun mal à ouvrir la fenêtre puis à se glisser dans la chambre à coucher. Ça et là, des affaires militaires étaient entreposées ; armures, casques et épées. Tout était laissé à l'abandon pour mieux profiter des plaisirs de la boisson, la nourriture et les femmes. C'est en tout cas ce qu'en conclut la Demoiselle des Ombres lorsque, refermant la fenêtre derrière elle, elle constata entendre quelques gémissements étouffés derrière le mur de la pièce ; et ce malgré les tremblements qu'elle percevait au plancher qui témoignait de la joie et l'allégresse à laquelle se laissait aller ces fiers soldats d'Hyrule. Délicatement - et avec toute la prudence dont elle était obligée de faire preuve -, Swann ouvrit la porte en bois qui lui bloquait le passage, et de jeter un œil dans le couloir. Grand bien lui fit ; car d'un pas mal assuré, un des soûlards conduisait une jeune fille naïve au rire de crécelle dans un état tout aussi dépravé. Le couple d'un soir se glissa dans l'une des chambres pour jouer des jambes et faire quelques galipettes, alors qu'enfin la Dragmire sortait de l'obscurité. Doucement, et d'une démarche presque féline, elle s'approcha d'un escalier et de sa rambarde. Les cris de fête retentissaient plus forts encore lorsque ses yeux purent enfin contempler la plaisante assemblée réunit ici. Sa main glissa sur sa hanche pour y récupérer l'une des deux sphères en céramique qui pendaient à sa ceinture.

Après avoir dressé un rapide état des lieux, elle repéra deux feux potentiels. L'un se trouvait dans une cheminée, à l'écart du plus gros de la compagnie ; le second était juste en leur centre. A gauche, tout proche de l'entrée, le bar, et à l'autre bout se trouvait ce qu'elle devinait être les cuisines. Glissant nonchalamment jusqu'en bas des marches, elle se dissimula derrière une poutre ; derrière elle, les chants redoublaient d'intensité et le plancher semblait à deux doigts de rompre sous les coups de bottes des soldats. La grenade fila alors dans les airs ; passa par-dessus les têtes de l'assemblée ; et s'écrasa contre les bûches enflammées en provoquant une explosion assourdissante. Si le tonnerre ne grondait pas en dehors des murs de l'auberge, il venait de le faire en son sein. Le souffle de feu qui s'ensuivit engloutit femmes et hommes trop proches pour lui échapper, le reste des fêtards tombant au sol comme des dominos. Aussitôt, les premiers cris de panique retentirent et les premières victimes de Din se firent violence alors que son Feu les brûlait ardemment. Les plus couards avaient déjà franchis la sortie lorsque les flammes firent s'embraser sol, murs et plafond. Et la seconde explosion de retentir, déversant sur quelques malheureux une marée ardente.

« Pour une diversion... », souffla une jeune Netil satisfaite. Dans la panique, deux gens lui passèrent devant sans lui prêter la moindre attention et rejoignirent les survivants au dehors ; Swann, elle, patientait doucement à mesure que les derniers à en réchapper ne quittent la Grand-Salle. Bravant alors la tempête de feu qu'elle avait déclenché avec plus de témérité qu'il ne lui en faudrait jamais, elle enjamba les corps calcinés pour rejoindre les cuisines. S'offrit alors à elle un festin des plus appétissants ; viandes, poissons, fruits, légumes et épices. Tout était entreposé sur les étagères et les armoiries et ne demandait qu'à être sauvé des flammes, ce que la lionne comptait faire sans la moindre hésitation tant le pain qu'elle dégustait chaque soir lui laissait un goût amère et cru dans la gueule. Aussi s'empara-t-elle vivement d'un grand sac de pomme de terre qu'elle vida aussitôt, avant de se mettre en quête de quelques denrées essentielles - et aussi quelques petits plaisirs personnels qu'elle s'accordait naturellement. Quand elle eut finit son marché, le brasier avait déjà gagné le plafond tandis qu'une opaque fumée s'élevait. L'assassin ramena le col de sa chemise pour lui masquer le nez et la bouche, alors que ses yeux cherchèrent une échappatoire. Si les fenêtres semblaient comme les solutions les plus sécuritaires, elle n'en restaient pas moins orientées sur le sentier principal ; une fois dehors, les hommes de Jehan lui tomberaient dessus aussi sec. Elle opta finalement pour retourner aux étages et de sortir par là où elle était entrée.

La lionne manqua de trébucher sur des cadavres qu'elle ne voyait plus ; mais c'est avec une concentration tout à fait admirable qu'elle parvint à s'éviter ce genre de maladresse tout en protégeant son précieux trésor culinaire des flammes. Les poutres tombaient de part et d'autres alors que le Feu de Din léchait le sol ; pourtant, c'est sans l'ombre d'une hésitation que le Cygne Noir s'aventura dans les escaliers menant au niveau supérieur. Un brin chanceuse, aucune marche ne céda sous la pression de ses pas et elle pu regagner la chambre. Reposant le sac de provision contre un mur, elle constata que la tempête ne s'était pas calmée depuis. « Bien... », souffla-t-elle doucement, alors que sa main s'emparait de son couteau de nouveau. L'autre main attrapa le sac, puis elle s'assit sur l'encadrure. « Tachons de ne pas se briser une jambe... ou j'en connais un qui appréciera moyennement », glissa-t-elle pour elle-même, observant qu'elle ne se rendait certainement pas la tâche facile. Elle se passa la manche de sa chemise sur le visage, étalant par là même occasion ce qui restait de suie. Sitôt après la lame se planta dans le bois.

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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Dim 10 Avr - 21:10

Malgré la pluie et le vent, le brasier brûlait vif et fort. Sans qu'il n'en saisisse la réelle nécessité, la Dragmire avait fait de la masure un véritable phare, dont la lumière éclairait au moins jusqu'à trois-cent coudées. Penché sur l'encolure de la jument – qu'il avait débarrassée de sa selle –, le Ceald observait, ignorant le crachin qui perçait la ramure du sous-bois où ils s'étaient donné rendez-vous. L'horaire n'avait pas été convenu, bien qu'il fut assez évident aux deux compagnons qu'ils devaient procéder vite : la cavale qu'ils menaient n'allait pas sans traqueurs, qu'ils ne sèmeraient pas en restant sur place. Sauf à préparer une embuscade, il savait le peu de vertu de l’immobilisme... comme il connaissait les dangers d'un mouvement dont l'économie aurait pu être réalisée. Les lèvres pincées, le visage austère et le regard acide, il se contentait de contemplait l'imposant feu-de-joie que la Lionne avait mis en place, non sans noter les ressemblances (frappantes, parfois), avec une autre scène appartenant à une autre histoire. A croire que les demeures étaient faits pour s'embraser et que les flammes aimaient à lécher les baraques sous son regard. Poussant un petit soupir, il laissa sa main flatter le garrot de sa monture tandis que sa langue claquait doucement pour la rassurer. Jetant un rapide coup d’œil à l'animal brun-noir qu'il avait prévu pour Swann – tout aussi harnaché qu'il ne l'avait trouvé –, il le rassura également, avant de reporter son intérêt sur la bicoque rongée par les braises. Il distinguait vaguement des silhouettes qui fuyaient l'intense brasero, avant d'être happé par l'obscurité : car les flammes ne projetaient pas la lumière au loin. Elles étaient visibles de loin, mais plongeaient le reste du monde dans une nuit de jais et d'onyx.

Il renifla, avant de ramener le gantelet de fourrure et de cuir son son nez. Le temps commençait à lui semblait long et s'il savait la ponctualité de Swann ; lui même n'était pas d'humeur très patiente ce soir-là. Ses doigts se refermèrent sur la bride, qu'il avait séparée du mors dont-il ne voyait pas l'intérêt, et sa langue claqua à nouveau « Gan ! » Siffla-t-il simplement, donnant l'impulsion qu'il fallait à son monture. Le licol de l'autre animal en main, il descendit la colline aussi vite que ne lui permettait la situation. Mi-trot, mi-galop, il ne lui fallu que quelques minutes pour parvenir jusqu'aux vestiges flamboyants de la maison des plaisirs du hameau. La tempête, les ténèbres et l'incendie ne l'aidèrent pas à repérer la Dragmire, mais lui n'était pas si discret qu'il aurait aimé l'être. Bien vite elle vint à lui. « Monte, fit-il en tendant le bras pour récupérer la besace que sa compagne de fortune portait à bout de bras. Du menton, il désigna l'étalon moreau, et explique-moi pourquoi tu as fait brûler tout ça. » Sans-être un véritable reproche, la question était réelle. Non pas qu'il craignait la vitesse à laquelle se répandaient les informations : rien ne les reliait directement aux événements. Non, en vérité, il s'inquiétait davantage du temps que cela lui avait pris... ce dont ils auraient loisir de discuter longuement jusqu'au désert.

*

Le vent griffait sa joue avec une rage qu'il ne lui connaissait pas encore ; pas sur ces terres. Sans doute approchaient-ils effectivement des contrées de l'Ouest dont Swann avait parlé. Après plusieurs jours de chevauchée, rien de plus normal après tout. Il releva la tête, jetant un rapide regard sur l'endroit où ils s'étaient arrêtés. Les restes d'une chèvre sauvage, partiellement dévorée, gisaient à ses pieds, au beau milieu d'une herbe haute – elle grimpait presque jusqu'à mi-cuisse – et jaunie. A quelques pas de cela, une nouvelle cache, elle aussi taillée à même la roche. C'était à sa recherche qu'ils étaient, en vérité. Abritée par un feuillage dense, le repaire dont la jeune femme avait parlé tenait plus, à son sens, de la tanière que de la planque à proprement parler. Il n'en avait pas vu l'intérieur, mais les marques qui barraient certains arbres, l'état de certaines roches... Il plissa les yeux, fronçant les sourcils, manifestement sur le qui-vive. Elle lui avait assuré que la ressemblance était intentionnelle ; et de manière générale il était tout disposé à la croire. Aussi étrange que leur duo puisse sembler, un véritable lien de confiance s'était tissé entre eux. Le respect que le tournois avait forgé pour les qualités guerrières de la jeune femme s'était mué, petit à petit et à force de mésaventures communes, en une affection sincère. Son regard revint à la carcasse. Son genou s'enfonça dans la boue tandis que du doigt, il écartait quelques uns des tissus, curieux d'en apprendre plus. La raison de sa mort était évidente, certes, mais ça n'était pas ces questions-là qui l'intéressaient. N'importe quel enfant aurait pu dire qu'il lui manquait grossièrement la moitié des intestins, un pan complet des poumons, le foie ou la rate : son abdomen avait été déchiré. Ou arraché, il n'aurait su dire... et c'était là tout le problème. Ça et là, une batterie de mouches volaient autour de la tête de l'animal, vraisemblablement pour y laisser quelques œufs. D'autres volaient, au dessus de la plaie béante, ou près de sa croupe. D'un geste ample du poignet, il dispersa le nuage, sans rien voir qui lui permettrait de donner plus de quelques jours au cadavre. Il soupira, presque fatigué de toutes les théories possibles qui lui venaient à l'esprit. La seule certitude qu'il avait était claire néanmoins : vivait ici des bêtes bien plus dangereuses qu'une simple meute de loups. Essuyant rapidement son index, poisseux d'il ne savait trop quoi, sur une feuille plus large que les autres. Dans son dos, le chanvre claqua sèchement contre le bois. Sans se relever,  le maraudeur passa un regard par dessus son épaule avant de constater que sa camarade avait suivi son conseil et qu'elle s'essayait à l'arc sur une cible improvisée. Il ne tarderait pas à la rejoindre.

Son regard olive revint une dernière fois sur la carcasse, tandis qu'il apercevait enfin ce que les cornes et la toison du caprin cachaient jusqu'à lors. La nuque de la bête avait été sectionnée, sans que le cou ne soit coupé. Le sommet de son crâne avait également été mordu. « Jæva... — », jura-t-il dans un murmure, non sans grogner. Toujours accroupi, il reporta son attention sur l'écorce meurtrie des arbres et des pins balafrés. Il se releva, le visage contrarié, fixant la tanière, prêt à voir surgir l'ours qui y avait, à l'évidence, établi son propre domaine. D'instinct, sa main glissa jusqu'à sa ceinture, à la recherche de la dague Blanche et une nouvelle fois il réalisa qu'il ne l'avait plus. Son poing se resserra, forçant le cuir souple de son gantelet à chanter. Décidant de ne pas s'attarder sur un "simple" coutelas qu'il espérait cependant ne pas avoir perdu, le trappeur se rapprocha de la jeune femme. A plus d'une reprise, il avait surpris l'intérêt qu'elle pouvait accorder à l'outil et avait fini par l'inviter à l'essayer, sur le chemin. Sitôt la proposition réitérée, une fois descendue de cheval, la jeune femme avait commencé à s'exercer... sans parvenir à ficher le moindre trait dans la cible qu'elle avait improvisée. « Tu le tiens mal. » Lâcha-t-il, sobrement, en s'appuyant contre une roche, mi-assis mi-debout. Croisant ses bras sur son torse, il observa la posture de Swann, qui lui offrait une jolie vue de trois-quart profil, presque de face. De quoi distinguer son accroche sur la corde, sur le ventre de l'arme ; mais aussi son œil gauche fermé, ou son jeu de jambe. « Tes jambes — », commença-t-il justement, s'accordant un regard sur les cuisses qu'il avait vues moins habillées, quelques jours plus tôt. « Ramène les deux dans la ligne de tes épaules. » Reprit-il, sans avoir laissé le temps à la brunette de répondre. S'arrachant à son fauteuil improvisé, il fit quelque pas dans sa direction, jaugeant son positionnement et sa gestuelle de manière générale. « Abaisse ton bras. » Fit-il ensuite, simplement. « Dans l'idéal, ne tend la corde que si tu t'apprête à la relâcher. Ne tire jamais à vide. » Lâcha-il, tandis qu'il ramenait le bras de Swann contre son flanc, accompagnant le mouvement de la Belle de Villarreal. La main du vagabond glissa jusqu'à celle de son amie qui tenait l'arc. « Tu le tiens comme une épée. Laisse lui un peu plus de lest. » Souffla-t-il à l'attention de la Traîtresse. Ils étaient désormais suffisamment proche pour qu'il n'ai pas besoin de parler plus fort. « Ta paume ne doit pas épouser tous les côtés de l'arc. » Détailla-t-il, repositionnant doucement sa main comme il fallait : le ventre de l'arc, son dos et son flanc droit entouré de la main du tireur. « Quand tu peux, appréhende nir'è de profil. » S'assurant qu'elle ne faisait plus face à la cible, il s'éloigna d'un pas, avant de l'inviter d'un mouvement du menton à armer un trait. Etre de profil n'avait rien d'une obligation — lui même n'appliquait pas à la lettre toutes les consignes qu'il lui donnait ou prévoyait de lui donner. Mais elle ne pourrait pas développer sa propre gestuelle correctement sans apprendre préalablement les rares notions de base qui existaient dans la discipline.

"Ton épaule," souligna-t-il simplement, conscient qu'on ne touchait pas un archer en position, « remonte la légèrement. Elle doit être dans l'alignement de ton autre bras. » D'un œil, il quitta Swann pour surveiller l'entrée de la caverne, avant de regagner la roche qui lui avait servi de trône. « Ne ferme pas l’œil. Ça fausse les distances. » Compléta-t-il également, avant de prêter attention au fil d'étoupe tressée qui liait trois de ses doigts. « Laisse fjær frôler ta joue. Et ne maintient la corde que du bout des doigts. » Le chanvre gifla à nouveau le bois, laissant filer le trait à fière allure. « Bien, fit-il en quittant une nouvelle fois son point d'ancrage, Sighil viendra à force de pratique. » Accordant un demi-sourire à la Traître-Lionne, il réalisa que pour la première fois depuis leur rencontre, il avait du lui apprendre quelque chose. Au delà de la simple coopération qu'ils avaient mené en quittant le Castel-de-Pierre, bien que déjà motivé par une confiance naissante mais solide, ils étaient amenés à plus échanger en quelques jours qu'il n'avait échangé avec bien des gens depuis son arrivée. Depuis l'époque des arènes peut-être même, en vérité. Il ne préférait pas s'en rappeler. Il lui laissa le loisir et la possibilité de préparer un second tir, après avoir jeté un rapide coup d’œil au succès de sa précédente entreprise. Sans avoir été la plus franche des réussites, il était difficile de ne pas noter le progrès. « Qu'est-ce qui t'intrigue tant chez les arcs ? » S'enquit-il en passant près de la jeune femme, le regard porté sur les herbes hautes. La menace n'avait pas quitté son esprit, loin de là, mais elle lui semblait moins immédiate. « Maintenant que tu connais les bases... » Reprit-il cependant, après l'avoir dépassée, gagnant la carcasse. Chassant encore une fois les mouches, il ne tarda pas à s'accroupir devant les entrailles ouvertes et puantes — de près seulement. La décomposition n'était pas assez entamée pour attirer les charognards. « Viens-voir. » De la main, il incita la Dragmire à s'approcher. Pas à se baisser. « Ca date de trois jours. Peut-être quatre. » Déclara-t-il, austère et direct, avant de la laisser prendre le temps. Cherchant les yeux vairons de Swann de son regard vert, il l'informa de son sentiment. « Un ours a pris possession de ta tanière. Un gros ours. » Du menton, il désigna les cicatrices et les stigmates qui ornaient les pins, les chênes et les ormeaux. Sur les arbres les plus fin, ceux que la bête ne pouvait à l'évidence pas escalader à cause de son poids, les traces ne dépassaient pas les sept à huit pieds.

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Swann Netil
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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Mar 12 Avr - 4:30

La flèche ricocha contre le tronc du vieux chêne avant de se perdre dans le sous-bois.

La lionne grimaça, une main se logeant derrière son cou pour marquer un peu plus l'instant gênant qu'elle traversait. Sur trois traits, elle n'était pas fichue d'en planter un là où quelques mois plus tôt deux d'entre-eux au moins auraient atteint leur cible. Elle attrapa l'arc puis le maintint contre sa jambe alors qu'elle remuait doucement les doigts de sa main gauche. Sur ceux-ci ainsi que sur la paume se dessinaient encore les profondes cicatrices de la dague d'Hiver et elle sentait encore ses maigres os endoloris et fragilisés par le blizzard qu'ils avaient dû supporter. La Dragmire avait beau faire très attention, il n'en demeurait pas moins que le Tournoi d'Aegis avait été une épreuve brutale et encore assez récente, aussi était-il normal que sa main fut encore crispée. D'un regard curieux, elle s'assura que le Ceald n'assistait pas à cette scène tout en se demandant ce qu'une carcasse pouvait bien lui raconter pour retenir autant son attention. Moins rassurée que d'ordinaire, la Belle redoutait un danger que lui dévoilerait sans aucun doute son ami dans les minutes qui suivraient. De redoutables prédateurs se succédaient dans ces régions sauvages, loin des villages et des hommes ; parfois agiles et redoutables comme des lions, parfois petit et sournois comme les serpents, quand ça n'était pas tout simplement des monstres et des abominations de la nature animés par le seul désir de tuer. Swann évacua ces mauvaises pensées et réajusta la cape de fourrure sur ses épaules. Puis, certaine de n'avoir que leurs chevaux pour observateur avisé, elle s'empara de nouveau de l'arme de tir ; elle encocha une flèche puis tira sur la corde. Jusqu'à ce qu'un hennissement moqueur ne s'élève dans son dos. « Eh ! Je te dis comment bouffer ton foin, toi ? » S'agaça-t-elle, se tournant alors vers l'animal responsable. Elle n'eut pour seule réponse qu'un soupir de la jument au pelage d'ébène, qui secoua sa crinière avant de s'en retourner arracher quelques touffes d'herbes qui traînaient ça et là. Tendue, la plus fière des Nétils réajusta sa position en même temps qu'elle regrettait de ne pas s'être plus exercée au maniement de cette arme lorsque la situation le lui accordait. Les occasions n'avaient pas manqué - notamment lorsqu'elle résidait dans la Citadelle Noire, aux côtés des meilleures archères du royaume - et elle avait souvent regretté de ne pas avoir cet atout supplémentaire en combat, bien que rien ne valait l'adrénaline d'un bon corps-à-corps à ses yeux.

Fusèrent alors les premières remarques de Lanre, celui-ci étant revenu auprès d'elle avec une curiosité certaine quant à l'exercice auquel s'essayait l'assassin. Elle ne dit rien de prime abord, davantage vexée de passer pour une néophyte que pour les corrections qu'il apportait graduellement ; l'intérêt étant à la base de poursuivre un entraînement qu'elle avait laissé en suspend pendant trop longtemps et non d'éblouir le Ceald d'un talent qu'elle ne possédait pas. « Autre chose ? » Susurra-t-elle avec un certain dédain, ses doigts se crispant sur le bois tandis qu'elle-même se tendait. Comme toujours indifférent à sa mauvaise humeur - sûrement car il la savait passagère -, le maître-chasseur prodigua de nouveaux conseils alors qu'il venait lui-même réajuster les positions et la prise sur l'arme. Sa main vînt délicatement couvrir celle du Cygne Noir dans un contact qui calma aussitôt son mécontentement croissant, puis il arrangea sa posture de novice. Apaisée et plus prompte à écouter les enseignements d'un expert en la matière, Swann s'accorda à un rapide regard pour son précepteur improvisé. Sa bienveillance spontanée tranchait radicalement avec ce qu'elle avait connu, quelques années en arrière, lorsque Bakar Sa'al l'avait prise sous son aile. Entre les coups reçus et les réflexions acerbes qu'elle avait dû endurer pour parfaire ses capacités, elle se rappelait les efforts fournis pour faire d'elle une tueuse impitoyable. Une outil de Mort. Pour la première fois, certainement, elle n'apprenait ni par elle-même, ni durement ; un pur échange d'égal à égal, entre deux guerriers aussi talentueux que respectueux l'un envers l'autre. Avant une flèche, la Belle de Villarreal décocha un sourire à son compagnon, puis de se recentrer sur la cible. Quand Lanre s'écarta, elle arma dard-de-fer. « Ensuite ? » Reprit-elle, tout aussi froissée que précédemment dans son estime mais plus à même d'écouter son camarade. Quelques approximations plus tard, la flèche était tirée pour se planter dans le chêne, environ cent cinquante coudées plus loin. Swann se tourna vers le tueur de dragon, un sourire radieux collé aux lèvres, alors que celui-ci saluait sobrement sa petite performance. Pas peu fière, la Fille de Kelya se garda néanmoins de trop en faire et alla ranger l'arc dans un carquois prévu à cet effet.

« Ce n'est pas tant que je suis intriguée », commença-t-elle pour répondre, alors qu'elle finissait d'ajuster les sangles de l'harnachement de sa monture ; pendant la chevauchée, il lui avait semblé que la selle glissait un peu trop. « C'est plus... une nécessité. Cela pourrait m'être utile, à l'avenir, et pas forcément en tant qu'arme », précisa-t-elle. Elle rejoignit son compagnon, toujours aussi intéressé par la carcasse qui jonchait le sol plus loin, sur le chemin, tout près de la grotte. « Tu vois, je suis plus craintive d'une flèche que d'une épée ; parce que l'épée, je peux l'éviter facilement. La flèche... cela tient plus de l'erreur du tireur que de mes réflexes. Alors, je veux connaître, savoir ce que pense un homme lorsqu'il m'a dans sa ligne de mire », dit-elle en fermant sa cape noire devant elle, lorsqu'une bourrasque fraîche lui caressa le ventre. « Connaître mon ennemi, tout simplement », conclut-elle dans un soupir, les pensées tournées vers le Désert et ses résidentes. Elle appréhendait particulièrement ce qui allait bien pouvoir se produire là-bas ; tant d'incertitudes qui ne cessaient de prendre en épaisseur à mesure de leur progression. Elle ignorait si le Seigneur Noir fut au courant de quoique ce soit, s'il croirait les dires de ses espions ou s'il s'en remettrait d'abord à sa parole. Si les Gérudos étaient alertées, se faufiler dans la Citadelle allait s'avérer bien plus complexe que prévu, d'autant que si elles étaient mises au courant de ce que le Cygne Noir venait chercher... La voix du trappeur s'éleva pour la ramener à la réalité finalement. Emballée dans sa fourrure, Swann s'approcha. Bien vite, sa main droite vînt couvrir son nez pour le protéger des odeurs nauséabondes qui suintaient près de l'animal mort.

« Un ours ? » Reprit-elle machinalement, sceptique de prime abord. Son regard se déporta sur les traces de griffures laissées sur les arbres, puis elle recroisa celui de Lanre. Elle faisait confiance au chasseur de ce côté-là ; il n'était nullement question de remettre en doute son expertise. Néanmoins la jeune femme était fatiguée par leur cavalcade incessante et elle avait longtemps espéré passer une nuit à l'abri des Vents d'Ouest. « Nous ne manquons de rien, je crois », souffla-t-elle pour elle-même alors que son attention s'était déportée vers les sacs de provisions encore à moitié remplis. Ils étaient aussi suffisamment équipés en terme d'armes et d'armure - notamment le Ceald. Plus la Traître-Lionne y pensait et plus il lui semblait réellement futile et dangereux de se frotter au maître des lieux. « Tant pis pour le refuge », fit-elle, résignée. « Si ce que tu dis est vrai, nous avons peu à gagner pour une telle débauche d'énergie. Et puis, peut-être que je me trompe d'endroit. Peu importe », soupira-t-elle sans se concerter auprès de son compagnon. Plus déçue qu'autre chose, elle s'en retourna attraper la bride de sa jument aussitôt ces paroles prononcées. Peut-être la décision était-elle un peu précipitée ; néanmoins le Ceald ne sembla montrer aucun signe de contestation. Aussi poursuivit-elle sur le sentier, dépassant la grotte, en quête d'une clairière plus accueillante. La course du soleil conduisait celui-ci derrière l'horizon, aussi fallait-il quitter rapidement le territoire de cet ours et rapidement allumer un feu pour combattre le Froid venu de l'Ouest.

Ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient peu de temps après avoir déserté les lieux. Une fois le sentier quitté, ils franchirent un sous-bois jusqu'à surmonter une petite colline dont le flanc redescendait sur un ruisseau. D'un commun accord, ils établirent le camp à seulement quelques pieds de la source et se délestèrent de leurs affaires. Le bois fut rapidement ramassé pour allumer un feu alors que l'air ne cessait de se rafraîchir, une tâche dont s'acquitta Lanre. Dans le même temps, sa compagne se hâta de desceller les chevaux. Elle les délesta d'abord des sacoches et des divers paquetages - dont l'arc - dont ils avaient la charge, entreposant ceux-ci ça et là près du campement. Ensuite, elle détacha les sangles de la selle de son étalon noir avant de s'emparer de celle-ci, l'ajustant sur un tronc couché sur le sol. Sa main vînt caresser la joue de la bête, puis de la délivrer enfin de la lourde couverture posée sur son dos. « Si tu as froid cette nuit, tu n'as qu'à me faire signe », glissa la jeune femme à l'oreille de l'animal. Elle n'eut pour toute réponse qu'un ébrouement de la part de sa monture, toujours plus complice. « Je te retire ça aussi », souffla-t-elle alors que ses mains délogeait le mors de la mâchoire. Elle laissa les rennes en place, comme pour l'animal de Lanre, puis conduisit les deux équidés proche du point d'eau et d'un coin avec une herbe un peu plus verte ; là, elle les y attacha sans trop forcer sur les cordes. « Et ne te moques plus de moi », fit-elle, d'humeur taquine, à l'égard du canasson. Elle s'écarta finalement et commença à rejoindre le camp d'un pas lent, ses yeux scrutant parfois le ciel à la recherche des astres de la nuit. Mais ceux-ci étaient encore invisibles alors que le soleil terminait sa course loin derrière les arbres en direction de l'Ouest. Nonchalamment, elle finit par rejoindre son ami, alors que les premières flammes d'un brasero brillaient fortement. « Tu m'as fais la leçon, tout à l'heure », déclara-t-elle, les yeux vairons plantés dans ceux du Ceald. « Et les canassons ont été chambreurs », fit-elle en les désignant du doigt, derrière elle, tandis qu'un fin sourire l'illuminait plus que n'auraient su le faire les flammes. « Le soleil se couche... mais j'ai encore un peu de temps pour vous montrer à tous les trois dans quel domaine je suis imbattable », affirma-t-elle avec l'audace qui l'avait caractérisée toute sa vie. « Ça te tente ? » Demanda-t-elle.

Peu après, l'hylienne et le guerrier se firent face, les pieds plantés dans le sol ; autours d'eux s'étendait un large terrain de jeu sans trop d'obstacles, de façon à ce qu'ils aient tout l'espace nécessaire pour se mouvoir le plus aisément possible. Swann s'était armée d'un bout de bois d'environ trente pouces assez solide pour qu'il endure le plus gros des chocs. Si une lame en acier aurait procuré de meilleures sensations, elle n'avait pas pour ambition de risquer une blessure sachant qu'ils étaient tout aussi vernis l'un que l'autre dans ce domaine. « Bien... », commença-t-elle avec impatience, « Les règles seront simples. Comme arme, tu n'as droit qu'à une lame - représentée ici par un bâton. Pas de bombes, pas de dague enchantée, pas de sournoiseries. Le premier qui touche sa cible respective l'emporte. La tienne est là », dicta-t-elle en pointant le bout de son bâton contre son ventre, « et ma cible est ici », conclut-elle alors qu'elle désignait le cœur du Ceald. Elle finit par s'écarter de quelques pas en arrière, se débarrassa de son manteau de fourrure, et regagna un air beaucoup plus sérieux alors qu'elle plantait ses yeux dans ceux de son adversaire. Un long frisson la gagna lorsqu'elle se rappela les foules surexcitées qui les acclamaient lors de leur premier et unique affrontement jusqu'alors ; un combat plus que difficile dans lequel elle s'était engagée corps et âme pour finalement arracher une victoire plus douloureuse que jouissive. Encore rêveuse en emprunt de ce souvenir, une nouvelle bourrasque gifla les deux combattants. Dans la foulée, la traîtresse fondait sur le chasseur. Elle fit virevolter son épée illusoire pour finalement frapper au genoux gauche, d'abord, pour tenter de déstabiliser sa cible. Mais dans la demi-seconde qui suivait, elle précipitait le bout de son bâton en direction du torse et du cœur de Lanre.

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MessageSujet: Re: Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps   Lun 9 Mai - 15:21

Penché sur la carcasse rognée, le vaurien prêtait à Swann une attention à la fois particulière et distraite. La question qu'il avait posé, après son dernier tir, n'avait rien de décoratif : il était véritablement curieux et savoir la Lionne intéressée par d'autres armes que l'épée avait de quoi le surprendre. A plus d'une occasion, il avait pu constater l'attachement tout spécifique que la jeune femme portait à sa lame. Elle avait d'abord refusé le cimeterre que lui avait offert la Macrale, lors de l'évasion qu'ils avaient perpétré. Plus tard, alors qu'il s'attendait à la voir reparaître Dent-de-Dragon au poing – ou à la hanche –, la jeune femme n'était arrivée qu'avec un vulgaire couteau ; tout aussi affiné qu'il ai pu lui sembler. Lors de l'affrontement qui les avait opposés, mais aussi durant les autres combats du Tournois d'Aegis, il lui avait semblé clair qu'elle préférait danser avec une partenaire déjà toute trouvée. La voir délaisser l'équipement, pourtant en bon état, que contenait la précédente cache qu'ils avaient visité n'avait fait que renforcer son sentiment, sans que rien ne soit à aucun moment évoqué. Le maraudeur n'avait jamais été de ceux-là ; qui s'évertuaient corps et âmes à arracher des confidences de leurs compagnons. Homme de silence autant que de solitude, il aimait autant entendre les murmures de l'écorce fatiguée plutôt que d'aller à l'encontre de la volonté d'une amie ; du moins en ce sens.

Le bras reposant toujours sur le genou, accroupi devant les restes de la bête, le Ceald soupira. Son instinct l'incitait à d'autant plus de méfiance que le maître des lieux ne s'était toujours pas présenté à eux. « Hm-m », commença-t-il, comme pour signaler à son amie qu'il l'écoutait encore et ne l'avait pas oubliée. Son raisonnement ne lui paraissait pas dénué de sens ; d'autant moins qu'il savait son talent dès lors qu'une lame reposait au fond de sa paume. « Ca se tient. » Fit-il simplement, laissant son regard vagabonder, caresser les quelques pistes qu'il n'avait pas encore exploré jusqu'à présent. Le soleil tombant rendait l'analyse plus complexe, mais il lui semblait que certains arbustes portaient des stigmates étranges. Çà et là, certaines feuilles – parfois même certaines branches – se paraient de teintes rougeâtres, virant plus au noir mat, éclairci de carmin, qu'au vermillon. « Et moi qui croyait que la grande Swann ne craignait rien ni personne ! » Siffla-t-il, adressant un regard et un sourire faussement moqueur à la jeune femme toujours debout derrière lui. Il la savait fière — beaucoup trop, peut être même, parfois. Et s'il n'était pas des plus taquins, il lui arrivait parfois de venir chercher quelques uns de ses proches, quand la situation s'y prêtait. Ce qui, à l'évidence, n'était pas vraiment le cas... mais il n'avait jamais tant aimé les interdictions. Les yeux fichés dans ceux vairons de la Belle de Villarreal, il finit par se relever à son tour ; quand la jeune femme exprimait son désir d'un peu plus de calme et son appréhension à l'idée d'un nouveau combat qui pouvait être évité. Se contentant d'abord d'un hochement de tête, il fit ensuite craquer ses doigts, cherchant davantage à se dérouiller la main qu'à se préparer véritablement à un affrontement. « Très bien. », ajouta-t-il en détournant le regard, s'approchant des buissons qu'il avait repéré plus tôt. Le sang avait séché sur les rameaux mais ne laissait que peu de doutes. Cela me semble aussi être la meilleure solution. » Un animal blessé ne promettait rien sinon un défi plus rude encore. Et la taille de celui-ci l'incitait autrement plus à la prudence qu'une meute de loups assez affamés pour attaquer un homme. Sans un mot de plus, sa camarade visiblement déçue harnacha son étalon et remonta en selle. Avant de la rejoindre, il prit le temps de récupérer l'arc et les traits qu'elle avait décochés lors de son entrainement. Trois d'entre eux furent assez simple à retrouver, bien que perdu dans les sous-bois, mais le dernier essai avait été plus fructueux : en tirant sur la hampe de la flèche, profondément fichée dans le rondin il brisa le projectile. « Naais'en ...! — », siffla-t-il comme un grincement entre ses dents. Tenté de jeter les restes du dard dans les fourrés, il n'en fit rien néanmoins.

Continuant leur route, les deux compagnons finirent par gagner un cours d'eau. Du plat de la main, le rouquin vint flatter l'encolure de la jument qu'il s'était choisie, le souffle comme le coeur bien loin d'Hyrule et de ses paysages tantôt sauvages, tantôt domptés de hautes murailles de pierres. Voyager avec Swann avait parfois un côté hors-du-temps, apaisant, qui lui offrait le loisir de moments d'égarement. Avant même qu'il ne s'en aperçoive réellement, il était assailli de souvenirs. Ses doigts se refermèrent un peu plus sur le licol de son animal. Le cuir de son gant grinça, sans qu'il ne l'entende. Dans ses oreilles sifflaient les vagues avant de s'écraser sur le rivage ; porté par les chants de Jonna et de ses esprits. Il ferma les yeux, alors que le vent lui griffait les joues, jetant ses cheveux sur son visage. Son monde lui manquait. Aina lui manquait. Blanche également ; de même qu'Aaricia. Tout lui semblait à la fois si loin et pourtant, tout demeurait si proche. Réalisant que la jolie brune avait pris un peu d'avance, alors que le vert de ses yeux s'enfonçait dans l'ombre du massif qui sommeillait au pied d'une chaîne de petits sommets escarpés, il talonna doucement sa jument. L'animal se remit en route, sans que les images qui défilaient devant ses yeux ne s'effacent. Abandonnant l'animal près de la source d'eau, il entreprit de décharger leurs maigres possessions, mais son amie lui fit rapidement savoir qu'elle aurait davantage besoin de son aide pour allumer un feu. Après un rapide hochement de tête toujours aussi absent, le va-nu-pied s'exécuta. Rares étaient les heures où le coeur lui pesait si lourd ; ou la nostalgie s'emparait de lui. Sans un mot, il s'éloigna vers le petit sous-bois qu'ils avaient passé plus tôt, afin d'y récolter tout ce dont il aurait besoin pour monter un bivouac.

*

Le braséro ronronnait doucement, tandis que le couteau mordait gentiment dans le bois d'un cerf qu'ils avaient croisé il y a déjà quelques jours. Les flammes éclairaient son visage, ses mains et le petit ouvrage qu'il entreprenait, comme pour mieux se raccrocher aux souvenirs qui persistaient à le hanter... autant qu'il ne souhaitait les chasser. Depuis sa prise, après des mois (ou des années, il n'aurait su le dire désormais) de guerilla ; depuis la capture d'Aina et de tous ceux qui, dans son clan, avaient osé s'opposer au monde qu'on souhaitait leur imposer... — depuis le temps des arènes, des révoltes et des vengeances, le temps des galères et des mutineries ; il n'avait trouvé le temps de penser. Sans vraiment chercher à savoir s'il l'avait eu et l'avait évité ou s'il avait toujours eu l'esprit trop occupé pour s'accorder une plongée au plus profond des regrets, Lanre appuya une nouvelle fois l'acier sur le petit pendentif. Généralement, les Torcs étaient faits de métal, mais il n'avait jamais su le travailler et n'en avait de toute façon pas sous la main. Sous ses doigts, encore un peu gourds de l'opération qu'il avait mené chez Aedelrik, le bois se vrillait doucement ; jusqu'à adopter cette forme, tantôt hélice et tantôt spirale, traditionnelle. Les braises rougeoyantes coloraient son oeuvre et son bras d'une jolie lueur, tandis qu'il laissait son regard remonter le long des jambes – d'abord – de la jeune femme qui s'approchait du feu. Il la laissa prendre place face à lui, s'interrogeant sur l'animal qu'il sculpterait au bout de l'anneau-de-cou, conscient qu'il ne pourrait de toute façon pas le porter. Trop étroit pour sa nuque, trop large pour son poignet en dépit de filins qui dépassaient encore grossièrement. « La leçon, vraiment ? » S'enquit-il, alors que la Traitre-Lionne cherchait en vain son regard. D'humeur toujours plus maussade, il n'avait guère envie d'improviser de faux sourires. Pour autant, il déposa le Torc inachevé sur la lamellaire qui sommeillait à sa gauche ; avec l'arc, le carquois, la lame et l'ensemble de ses vêtements à l'exception de la paire de braies qu'il avait gardé. Dans le dos de Swann, l'astre du jour finissait paresseusement sa course, pendant qu'elle expliquait un peu plus son idée. Un instant, il pensa à décliner l'invitation à la joute de sa camarade, mais finalement il affronta son regard. « Mettons. », fit-il simplement, tandis qu'il ramenait ses deux mains sur ses genoux en tailleurs, arrondissait le dos alors qu'il se rapprochait de la fleur du désert de quelques pouces. Les langues-de-feu lui léchaient presque le menton. Sa paume droite vint épouser l'épaule gauche, toujours sous le cataplasme, massant la plaie encore douloureuse. « Se dérouiller n'a jamais fait de mal. — » Il essayait tant de se convaincre que s'arracher à des souvenirs de plus en plus vifs.

Qu'il l'accepte ou non ; la ressemblance avec Aina et leurs entraînements devenait de plus en plus frappante. Il y avait chez les deux femmes la même audace, qu'il n'avait jamais su qu'apprécier. Se saisissant du bâton qu'elle lui tendait, il se releva non sans le soupeser. L'arme improvisée était légère – bien trop – et un peu courte pour simuler une véritable lame, mais il ne s'en offusqua pas : ça n'était tout simplement pas le propos. Ils feraient avec les moyens du bord, comme il avait toujours fait. « Très bien. » Il coupa Swann sans qu'elle ne s'arrête, alors qu'elle étiquetait les règles, passablement amusé par la remarque qu'elle s'autorisait : en matière de sournoiseries elle était maître, et plus que ça, surpassée par personne. En dehors, peut-être de quelques guivres  et autres serpents dont le propre était la fourberie. « Pourquoi deux cibles différentes ? » Questionna-t-il, mais déjà la jeune femme s'était éloignée. Alors que le vent venait griffer sa gueule, sa gorge et son torse, le Ceald appréciait le contact de la terre fraiche sous la plante de ses pieds. Les bottes étaient une nécessité dont il ne saurait plus se passer aussi bien que Blanche mais dont il se séparait dès que lui en venait l'occasion. Passant la main sous sur son visage, le sauvageon moucha son nez brusquement, crachant le peu de sang qui lui obstruait la narine. D'un moulinet, il chercha le regard vairon ; juste avant que Swann ne s'élance.

De la terre sèche s'éleva un imposant nuage de poussière parfois rouge, parfois grisonnante, alors qu'ils entamaient la danse. D'un pas de côté, le malandrin s'arracha à l'assaut de la Lionne, juste assez pour lui tourner autour et exposer son dos. L'espace d'un instant, il envisagea un coup de pied pour la jeter au sol, mais n'en fit rien. Au lieu de quoi, il se contenta d'un second moulinet, laissant au joli oiseau de nuit le temps de se remettre en position. Leurs regards croisèrent le fer une nouvelle fois avant le deuxième assaut. Il n'aurait su dire d'où il venait précisément, mais il se retrouva rapidement à stopper la course d'un coup de tranche visant quelque part entre sa gorge et son épaule. Avant de permettre une riposte à la danseuse, il attrapa son poignet de sa main libre, la contraignant à maintenir sa position. Sa paume et ses doigts se refermèrent sèchement – comme une mâchoire – sur son avant-bras. Il ne lui laissa pas l'occasion de se débattre, pas plus qu'il ne saisit celle qu'il avait de frapper et la repoussa violemment en arrière. Il ne savait trop pourquoi il se laissait aller à un tel attentisme qui demeurait pourtant contraire à ce que lui ordonnait son instinct. L'opportunité dont il aurait pu rêver s'effaçait doucement à mesure que le combat reprenait sans qu'il ne la regrette ou ne cherche à rompre cette presque-passivité qui le caractérisait dans cet affrontement.

Le troisième assaut fut plus brutal, bien qu'encore une fois il n'aurait su dire qui de lui ou de Swann avait véritablement initié la passe. L'estoc aurait été une vraie menace si la jeune femme avait pu se battre avec sa lame d'ivoire. De la main ouverte, il tenta d'arrêter le coup porté par la brune mais l'écorce griffa le ventre de son avant-bras, à moins d'un pouce des points de suture. Pour un peu, la jeune femme aurait pu en faire sauter un ou deux, avant d'érafler son flanc nu, dans le même mouvement. Elle n'avait pas encore touché le coeur, mais une fois de plus elle s'appuyait sur son impressionnante capacité à renverser le court d'un affrontement d'une seule et unique botte. Sans plus attendre, il bloqua le bras de la bretteuse entre son thorax et son biceps, jouant de force brute. Il était presque sûr qu'elle ne saurait se dégager de son étreinte quand il jongla avec sa propre lame, inversant sa garde à la manière de certains guerriers d'Orient. D'un coup d'épaule, il vint se caler contre elle, transformant l'affrontement en un corps-à-corps littéral. Son torse écrasé contre le sien, il sentit le souffle de son amie dans son cou, alors qu'il les jetait tout deux au sol. « Hmpf... — » Grogna-t-il alors que le choc le laissait un tant soit peu tremblant. Quelques pouces sous lui, Swann avait du souffrir d'un atterrissage violent également. Elle murmura quelque chose qu'il ne comprit pas immédiatement — pas avant de sentir le petit rondin contre son pectoral. Le sien demeurait bien loin du genou de sa camarade d'infortune, cachée derrière son dos, à la naissance de sa colonne vertébrale. « Velæ... », siffla-t-il bon joueur, libérant la Traitre-Lionne avant de se relever, puis de l'aider à en faire de même.

Ses doigts montèrent assez vite à la recherche du pendentif que la reine lui avait demandé de ne pas quitter, alors qu'il se débarrassait de la lame de bois, en la jetant dans les fourrés. La gorge sèche, il s'approcha du feu, conscient qu'aucun des assauts qu'il aurait pu tenter ne lui aurait apporté la victoire. Pour autant, le succès de Swann ne relevait en rien d'un triomphe volé, ni même donné. La jeune femme avait gagné à la loyale, et maîtrisait vraisemblablement mieux la lame que lui ; ce qui n'avait rien de véritablement étonnant au fond. Une seconde fois elle avait prouvé son mérite et le bien-fondée de son titre de Championne d'Aegis. Cependant, le duel n'avait probablement pas été aussi difficile que leur dernier échange, en cela qu'il peinait encore et toujours à s'arracher à un monde passé. « Dis moi..., fit-il d'abord, en se penchant dans le sac de provisions à la recherche de quoi étancher sa soif, cette femme, celle qui nous a laissé partir, tu la connais ? » Sans grand ménagement, il envoya vers son amie une outre pleine d'une ale d'autant plus fraiche que la nuit tombait. Lui s'était choisi un breuvage susceptible de lui faire oublier le casse-poitrine d'alcool à désinfecter qu'il avait avalé dans les sous-sols de la Ville-Close. La vodka inonda bien vite son gosier, après qu'il ait invité Swann à s'installer non loin du feu. « Tu semblais inquiète, tout à l'heure. » Reprit-il, cherchant le regard du Cygne. Il n'avait pas manqué le silence qui avait suivi le soupir, alors qu'elle jetait un regard vers l'Ouest. « Quelque chose ne va pas, là-bas ? » Du menton, il désigna la direction générale du Désert, dont ils ne voyaient rien pour l'heure, avant d'avaler une nouvelle goulée. S'il y avait quelque chose qu'il devait savoir, il aimait mieux l'apprendre maintenant ; avant d'arriver.

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Le Chant du Loup ; jamais ne dure très longtemps

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